BUIRE DE CUIVRE DAMASQUINE
(Musée des arts décoratifs.)
à cette loi que l’on distingue le mieux les cuivres vraiment persans.
Ce qu’était l’orfèvrerie? Le métal était trop précieux pour que des pièces anciennes nous soient parvenues. Elle ne différait guère, sans doute, de ce que nous connaissons par les bronzes et les cuivres repoussés. Les plaques d’or ou d’argent servaient, de même que les plaques de cuivre, au revêtement des boiseries et même de certaines parties des édifices. Les gemmes s’y sertissaient comme en une tapisserie, les turquoises principalement. Au xie siècle, la porte de la Kaaba de la Mekke avait une serrure d’argent dont Nassiri- Khosraou nous a laissé cette description : « Deux anneaux d’argent, envoyés de Ghaznah, sont fixés sur les battants à l’aide de clous solides également d’argent; un cadenas passe par ces anneaux et sert à fermer la porte. » Le Musée arabe du Caire renferme une serrure qui, par son style, paraît appartenir à la Perse du xve siècle. C’est une sorte de gros verrou de bois plaqué d’argent. La feuillure, assez épaisse, a un semis de fleurettes pareil à celui qu’on retrouve sur nombre de brocarts classés comme brocarts persans.
L’ivoire a été la matière préférée du sculpteur; il en a tiré de véritables chefs-d’œuvre. De même que nos artistes du Moyen Age, il lui a demandé la délicatesse, la légèreté et l’élégance. Aucune substance ne se prêtait mieux aux fantaisies un peu mièvres de son talent original et doux. Sur un pot d’ivoire conservé au Louvre, — collection du baron Daviler, — de petites scènes sont groupées, avec un goût exquis, dans l’ovale d’un médaillon, plus fouillé que ne le sont habituellement
les sculptures persanes. Ici, ce sont des lions affrontés, des paons et des combes qu’on croirait coptes; là, des lièvres, des pintades et des lévriers ; plus loin, un groupe de musiciens. L’éclosion des arabesques a une
pot d’ivoire sculpté.
(Musée du Louvre. — Collection du baron Daviler.)
maîtrise qui classe ce morceau hors pair. Hors pair aussi un médaillon du Musée des arts décoratifs (page 3 1 5), qu’on ne peut comparer qu’aux plus fines broderies de Venise exécutées au xvie siècle. Six branches fleuries flamboient sur sa surface, déterminant six fleurons alternés. Des turquoises aux tons morts s’y posent ; un double feston cercle le rebord.
Tout le talent épars dans chacune de ces manifestations de l’art persan s’est concentré sur les armes et les armures. Armes blanches, armes à feu, caparaçons rivalisent de richesse. La ciselure, la damasquinerie, l’incrustation, la marqueterie, l’orfèvrerie, la joaillerie s’y sont combinées pour leur donner un aspect plus éblouissant. Est-ce un bien? L’arme gagnerait peutêtre à paraître moins précieuse. Les poignards et les yatagans ont la lame finement trempée, solidement nervée, il est vrai. Le poignard est recourbé, le yatagan droit, pareil à une épée antique. Sur l’un et l’autre, les plus fines arabesques se tordent, enveloppant dans leurs spires des inscriptions demandées au Koran. Et non seulement rinceaux et branchages fleuris remplissent ainsi jusqu’au tiers environ de la lame; mais la poignée est parfois d’argent ou d’or ciselé, le plus souvent de cristal de roche, de lapis, de sardoine ou de jade, incrustée de turquoises, d’émeraudes, de grenats et de rubis. Le fourreau est d’argent, d’or ou de velours constellé de pierreries ou recouvert d’appliques de métal précieux. Parfois, l’émail remplace l’or et les gemmes; et c’est alors, sur un fond clair, blanc ou gris pâle, tantôt l’enroulement de tiges capricieuses, tantôt des parterres de roses et d’œillets, tantôt de longs vols d’oiseaux. Mousquets et pistolets ne sont pas moins étincelants d’or et de pierreries. Le canon damasquiné est entièrement habillé de feuillages d’or ou d’argent et de lignes d’inscription. La crosse est une marqueterie d’ivoire et d’ébène étoilée de clous d’argent, de grenats et de turquoises; toutes les garnitures sont d’or ou d’argent ciselé. Sous-garde de la détente, armatures
retenant le canon à la crosse, plaque d’épaulement, partout serpentent les lianes des arabesques, partout s’inscrivent les fleurons. Au xvne siècle , quelques crosses sont tendues de velours brodé d’or; mais toujours des turquoises viennent s’enchâsser dans la broderie, de même qu’elles s’incrusteraient dans le métal.