CASQUE DE BROXZE DAMASQUINÉ
(Musée des arts décoratifs.)
D’autres fois, sur ce velours s’étend une chape précieuse ajourée, véritable dentelle massive où les rinceaux, fouillés au ciseau, remplacent ceux qu’ailleurs l’aiguille a tracés.
De même que l’arme, l’armure reçoit une parure splendide. Les casques du xme siècle ont le timbre hémisphérique ou ovoïde. L’un a son bandeau partagé en deux lignes d’inscriptions. La calotte est voilée d’une grande rosace centrée au cimier, véritable guipure d’orr
posée sur un dôme de bronze. Un filet de mailles s’accrochait aux rebords et, sur le devant, une tige mobile s’abaissait à volonté, destinée à protéger le visage pendant le combat.
Au xve siècle, la richesse de l’armure se fait plus
discrète. L’acier est simplement forgé et ciselé.
Tel casque au timbre hémisphérique, au bandeau lisse, n’a qu’une calotte cerclée d’une zone arabescale. Un fer de pique compose le cimier. Sur le devant, deux appliques flanquent la tige de visière, destinées à recevoir deux panaches. Pas la moindre trace de damasquinerie, mais une remarquable précision de dessin.
Au xvie siècle, l’or et l’argent réapparaissent. En même temps les formes se surchargent de figures chimériques. Le casque porte sur le devant du timbre un masque diabolique que le ciseleur s’est consciencieusement appliqué à rendre effrayant. Le cimier comporte une seconde tête grimaçante ; l’or n’est point trop prodigué pourtant et laisse à l’image toute son horreur. A la regarder, on se reporte de suite aux descriptions de la Jérusalem déli-
DEUXIÈME PARTI E. — CHAPITRE II. 2+i
vrée, du Tasse, non point aux scènes de carnage, aux batailles livrées autour de la Ville Sainte, mais aux galantes rencontres des magiciennes et des preux chevaliers; à ces tableaux qui ont pour fond des illusions de clairières, de fontaines et d’ombreuses forêts.
Puis, au xvne siècle, l’arabesque refleurit et de nouveau le décor change. Une cuirasse du Musée des arts décoratifs a un encadrement de haut relief où croissent des rameaux d’or chargés de feuilles d’argent. Les agrafes sont ciselées et pareillement damasquinées. Chacun des panneaux du corselet est bordédecartouches D,OKi» DE toman-baï.
renfermant des inscriptions d’or. Sur le champ rampent les ceps d’une vigne d’argent aux grappes dorées. Des oiseaux or et argent passent au travers à tire d’aile, et à l’intérieur du panneau s’étend encore une doublure de damas gris clair broché de fleurs bleues et or.
Le meilleur spécimen de ces armes nous est donné par le casque, le poignard, le djokan et la lance du dernier souverain bordjite qui ait régné au Caire, Sultan Toman-baï. « Le casque est à timbre oriental, arrondi et sans visière. Sur le devant, une vis retient la languette d’acier qui s’abaissait pendant le combat sur le visage pour le préserver des coups de taille, tandis que le cou se trouvait protégé par un réseau
i Ci
d’acier. Le djokan est un fer recourbe' dont les cavaliers
musulmans se servaient avec infiniment d’adresse pour briser les cottes de mailles. La lance ressemble à une arme de tournoi, — la lance gracieuse, — plus qu’à une arme de combat. Sa hampe est habillée de velours cramoisi et enroulée d’un cordonnet de soie vert et blanc. Quatre colonnettes la relient à la lame; elles représentent la Kaabah de la Mekke. Une boule fixée au-dessous et une amulette attachée au cordonnet renfermaient chacune une relique du Prophète : la boule, un peu
de terre de sa tombe, l’amulette, un mor¬
ceau de son manteau. Quant au poignard, sa lame, ondulée et nervée, son manche d’agate incrusté de pierreries, ne laissent aucun doute sur son origine : il vient de Perse, ainsi que le reste. A défaut même de la forme de ces armes, les arabesques fines qui les recouvrent sont trop conçues dans le style persan pour qu’il puisse y avoir la moindre
hésitation à ce sujet1. »
Le harnachement ne le cédait en rien
à l’armure. Housses de velours, capa¬
raçons filigranés d’or, chanfreins con-
de toman-baï. stellésde gemmes, mors et étriers étaient
i. Al. Gayet, VArt arabe, Bibliothèque de l’enseignement des beaux-arts.
à l’unisson d’un ensemble parfait qu’on ne retrouve qu’aux grandes époques de l’art.
Tel étrier du xvie siècle est un bijou de damasquinerie, l’acier en est bruni et de légères fleurettes s’y
étrier de cuivre damasquiné.
(Musée des arts décoratifs.)
estompent en argent. Il faudrait consacrer un chapitre entier à ces pièces d'armement, tant sont nombreuses les variantes auxquelles s’abandonne le caprice du ciseleur.