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RELIURE DE CUIR GRÂNE

(Bibliothèque khédiviale du Caire.)

arto

Le frontispice de l’un des korans de Sultan Chaaban a peut-être été' peint par un Persan. Sur une bordure à fond d’or se découpent des fleurs aux nuances vives, tulipes, roses et anémones, enfermées dans une série de cartouches. Sur le champ de la page s’étale un enchaînement de médailllons, pareil à celui d’une tapisserie de haute lisse, où des fleurs et des arabesques lancéolées se sertissent, cloisonnées, pour ainsi dire, dans les segments déterminés par l’intersection des cercles. Ou bien encore, c’est le frontispice d’un koran de Sultan El-Moyyed, par Abd-er-Rahman-el- Faïgh, qui, composé de rinceaux foliacés, tranche complètement sur le reste de l’enluminure, et qui vraisemblablement n’est pas de la main du maître égyptien. Mais il n’en faudrait point déduire que les manuscrits arabes ont été ornés par des artistes persans et que l’Arabe ne fut jamais qu’un calligraphe. Une distinction fort simple permet de faire sans peine la part de chacun. Tout ce qui relève de la polygonie est arabe; partout ou celle-ci est absente, on est en droit de supposer qu’on se trouve en face d’un morceau persan.

Une autre observation peut en outre servir de point de repère dans cette classification sommaire : la calligraphie arabe prête beaucoup plus que la calligraphie persane à l’enjolivement. Les titres des khorans ont généralement leurs lettres fleuries, prises dans les orbes d’un rinceau. Cette manière est presque inconnue à la calligraphie persane. L’épigraphie architecturale de la Perse est même, le plus souvent, dépourvue de tout ornement. Elle court dans les frises de plâtre

ou de faïence en caractères touffus, rayés de longues

ligatures et ponctués de lourds points diacritiques

sans qu’un vide reste entre eux, qu’une arabesque puisse être appelée à combler.

La reliure complétait le livre et se trouvait forcément à la hauteur de cette prodigalité d’art répandue à pleines mains à travers les pages. Elle est toujours en cuir ouvré et affecte deux formes différentes. Tantôt rien ne la distingue de la reliure européenne; tantôt elle conserve la disposition orientale. Le plat du dessous, — qui se trouve être du côté du titre du livre, — rabat par-dessus la tranche et retombe sur le plat du dessus, faisant fermoir. Souvent des cordonnets d’or complètent cette fermeture; souvent aussi les livres ainsi reliés sont enfermés à leur tour dans un étui de cuir. Le travail de ce dernier répète à peu près l’ornementation de la couverture; l’intérieur est doublé de damas ou de velours. Si l’étui disparaît, l’ouvrage est placé dans une cassette. Celle-ci est une sorte de petite bibliothèque pouvant contenir jusqu’à vingt manuscrits et plus.

Les couvertures des manuscrits de la bibliothèque khédiviale du Caire sont comme les maquettes de ces boiseries disparues, dont il ne nous est resté que des fragments. Tantôt le cuir est lisse. Une grande rosace ondulée et accostée de fleurons s’étale sur son plat, gravée en plein. Quatre coins semblables se répètent aux quatre angles. Tantôt on dirait le dessin d’une étoffe, et alors la couleur vient en aide au modelé. Sur un réseau d’arabesques fleuries se profile la silhouette d’un cheval, dans le corps duquel des scènes fantastiques se déroulent, qui ont pour acteurs des figures humaines et des animaux. Un pale-

frenier tient la bête en bride, indifférent à ce spectacle étrange. Ou bien encore toute une couverture sera dorée et estampée de rinceaux en haut relief. Ailleurs, enfin, le procédé change. Le cuir, au lieu d’être ciselé, est découpé; un cuir plus mince, de couleur tranchante, vert, bleu ou rouge, collé sous l’ajourement, fait transparent. Toutefois, ce dernier moyen est rarement employé seul. Il s’allie à la ciselure et la complète. A vrai dire, le principe en est assez pauvre et reste toujours inférieur aux deux autres. On ne le rencontre qu’à la décadence, alors que la gravure fleurit sous le règne de Chah-Abbas.

constellation du manuscrit des Merveilles de la science . (Bibliothèque khédiviale du Caire.)

SCÈNE DE CHASSE PAR CHABOUR, ECOLE DU XVIIe SIECLE. (Bibliothèque khédiviale du Caire.)

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