III. — Les Œuvres
La perte des fresques des vieux maîtres arabes et persans nous oblige à nous transporter d’un seul coup au commencement du xvie siècle, sous Sultan-Aliel-Katib. C’est l’instant précis où, en Europe, se développe le mouvement de la Renaissance, et, par une curieuse coïncidence, l’œuvre de l’artiste persan a les mêmes inclinations, les mêmes recherches, les mêmes affinités qu’avait eues celle des précurseurs.
A l’école d’Ahmed-Fébryzy, — dont il nous est resté peu de chose, — se forme une pléiade de peintres célèbres qui eurent pour chefs Djehanghyr, Bokhary et Behzadé. Le plus connu d’entre tous, ce dernier, à lui seul, la résume tout entière. Né à Hérat vers i5i5, il vécut sous les règnes de Sultan-Hosseïn-Baïgzadé, dont il fit le portrait, et de Chah-Ismaïl-ibn-Haïdan. Pour la finesse et la correction, il atteignit à un degré de perfection inimitable dont nous retrouvons les plus
remarquables spécimens dans un exemplaire du Bostan , de Sâadi, rédigé en 893 (1487) par Moustakim-Zadé pour Sultan-Ali et dont les dernières pages furent ajoutées en 919 (1514) par Chems-ed-din-Mohammed-el- Karamany. Six grandes compositions méritent une mention spéciale dans une nomenclature où les moindres esquisses seraient à classer comme des dessins de maître. : un banquet sur une terrasse dominant un jardin; un banquet dans une salle d’apparat, une scène de chasse, un intérieur de mosquée; un intérieur de palais et un tableau dont le sujet est puisé dans la Bible; la légende de Yousouf et de Loulikaha (Joseph et la femme de Putiphar).
La qualité première qui règne dans toute cette œuvre est un instinct très vrai de la philosophie des choses unie à une entente parfaite du maniement de la couleur. La puissance du dessin du maître est en outre extraordinaire. Grand artiste dans toute l’acception du terme, il aborde tour à tour tous les genres comme en se jouant. De même que chez les primitifs de la Renaissance, c’est l’amour de la nature qu’on retrouve en lui : il la peint avec une sorte de piété mystique empruntée aux contes de Sa’adt et d’Hafiz. Il la voit à travers les strophes des poètes; il lui prête la délicatesse de leurs rimes attendries et les émotions de leurs rêveries courant au hasard par les sentiers ombreux.
Les ciels pâles de la Perse où flotte à midi une lumière aveuglante, les tons rouges des montagnes coupés d’ombres violettes, les verts ardents des palmiers baignés de soleil, les reflets crus des architectures aux revêtements de faïence ruisselants de clartés;
bien rarement il les interprète. Il leur préfère la mélan-