‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 116 sur 150 · Le triomphe de Pradon, p. 5 et · texte numérisé non relu

Le triomphe de Pradon, p. 5 et

2. V. Ouvr. des Sav., juillet 1698. L. Racine, Traité de la poésie dramatique, ch. IV.

de Polyeucte et à' Atha/ie, n'est point faite pour amollir les âmes. Condé pleurait aux pièces de Corneille; en était-il moins brave le lendemain ?

" Que de son nom, chanté par la bouche des belles, " Benserade en tous lieux amuse les ruelles.

Les " ruelles " étaient les salons présidés par des dames lettrées. C'est là, d'après le Grand Dictionnaire des PrécieiLses ('), que l'on acquérait la quintessence de l'esprit, le fin du lin : " Comme la perle vient de " l'Orient et se forme dans des coquilles par le ménao-e " que l'huître fait de la rosée du ciel, ainsi la précieuse " se forme dans la Ruelle par la culture des dons su- " prêmes que le ciel a versés dans son âme. ' Longtemps avant Somaize, Sarrasin écrivait à MM. de l'Académie : " Nous sommes en un temps,... oii les " Ruelles des femmes sont les tribunaux des plus beaux " ouvrages. " C'est aussi la définition qu'en donne Baillet, qui paraît s'être souvenu de Sarrasin : " Sou- " vent les Ruelles des Dames sont les tribunaux où se " jugent les livres écrits en notre langue ; et ce sont " des écoles, où ceux de nos écrivains d'aujourd'hui, " qui se piquent de politesse, vont puiser leurs lu- " mières (^).

Nous avons parlé ailleurs (chant ii) du talent de Benserade. Ce successeur de Voiture était l'amuseur des salons littéraires et de la Cour. Il entrait à l'Académie, en cette même année 1674; et n'avait pas encore publié les Rondeaux qui révoltèrent le goût de Boileau. Plus tard, en lisant cette caricature mignarde des Métamorphoses, Boileau se repentit de la louange par lui décernée à ce facile génie : " M. Despréaux a

1. T. I, p. 168. (V. Œuv. de Mol.j Gr. Écr. de Fr., t. II, p. 24.)

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