‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 120 sur 150 · I. La Paix, VII^ Égl. — 2. Disc, de rcieption · texte numérisé non relu

I. La Paix, VII^ Égl. — 2. Disc, de rcieption

des petits ruisseaux, avoue que le nom du grand Roi ne se prête point aux airs du flageolet :

" Et son nom est trop grand pour la champêtre églogue ('). "

Néanmoins l'auteur de M. de la Palisse, trouvant " le siècle d'or dans le siècle de fer ", disait que, de son temps, la gloire de Louis XIV retentissait sous les hêtres de France :

" Les fihes enroués qui troublaient les hameaux " Accordent à leur son le.son des chalumeaux (^). " #

" Que pour lui l'épigramnie aiguise tous ses traits.

L'Lpigramme ? Que vient-elle faire là pour la gloire de Louis XIV ? M. Géruzez se pose cette question et il y donne deux réponses: 1° Boileau voulait convier tous les genres de poésie à cette fête ; 2° Peut-être entendait-il lemotEpigrammedans l^s^nsô^ ijiscripiion, comme chez les Grecs. La dernière explication ne me paraît point acceptable, parce que Boileau invite cette poésie légère à " aiguiser tous ses traits ". Les Épigrammes " à la grecque ", comme disait Mlle de Gournay à Racan, n'avaient point de traits à aiguiser. La rime seule pourrait bien avoir amené l'épigran^me en ce cortège de gloire.

Boileau n'invite point la Satire à ce cortège. Mais s'il s'oublie, lui et ses confrères, le Mercure Galant de 1673 répare, à sa manière, semblable omission. Mettons en regard de l'alinéa poétique de Boileau le morceau du journal, invitant aussi poètes et faiseurs de vers à chanter le Roi vainqueur. Le morceau a pour titre : Lettres patentes d Apollon. Le dieu exhorte les différentes catégories de ses sujets à jouer de la lyre ou du

I. Poés. etc., p. 43. — 2. Poés. dd M. de L. Afnna. etc., p. 177.

chalumeau., pour fêter Sa Majesté très chrétienne. Mais il enjoint aux satiriques, dont Boileau est le chef.d'avoir à se taire en cette occurrence : " Ordonnons à nos " satiriques de faire suspension d'injures, dans un si " grand, si juste et si indispensable sujet de donner des " louanges ; et pour cela, nous leur inspirerons toute " la bonne humeur qu'il faudra pour faire de belles " Odes, des vers héroïques, des Stances généreuses " et des poèmes achevés ; pendant qu'on fournira aux " Hollandois des Elégies, des désespoirs et des capri- " ces ('). "

Le poète anglais, traducteur de Boileau, encourage ses concitoyens à chanter le " immortal name " de l'infortuné Jacques 1 1 :

" Let mighty Spenser raise his révérend head, " Couiley diué Denhain starL up from ihe dead ;

" Waller his âge rcnew, and offerings bring ;

" Let Dryden wiih new rules our stage refine. "

Dryden ne s'est pas oublié ; il s'encourage lui-même.

" Mais quel heureux auteur, dans une autre Enéide, " Aux bords du Rhin tremblant conduira cet Alcide ?

Dryden applique ces dénominations épiques au roi de la Grande Bretagne :

"... Wiiere's a second Virgil to rehearse

" Our Hero's glories in his epic verse ?

" What Orpheus sing his triuniphs o'er ihe main,

" And make the hills and forests move again ;

'' Sheiu his bold fleet on the Batavian shore,

" And Hollajid tieinblino as his cannons roar,

" Paint Europe s balance in his steady handl ... "

Dryden fait de Jacques II un Charlemagne tenant le globe dans le creux de sa main !

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