‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 122 sur 150 · Fabl. L. XII, Z,^ Soleil et les Grenouilles · texte numérisé non relu

Fabl. L. XII, Z,^ Soleil et les Grenouilles

3. En 1674, La Fontaine, au liçu d'exciter les poètes li chanter la

A l'exclamation de Boileau : Quelle savante lyre ? etc.. Pradon répond (c'est une de ses formes de plaisanterie) : La lyre de M. Despréaux !... " Il me sem- ' ble que monsieur D*"** devrait être cet heureux ' auteur et cette savante lyre, qui devrait entonner en ' vers les hauts faits de notre invincible monarque. * C'est dans un poème d'une aussi grande étendue ' que \ Énéïde de Virgile, qu'il pourrait donner essor ' à son génie, et nous apprendre les véritables règles ' du poème épique. Il est vrai que sa prose suppléera ' au défaut de ses vers {')." Cette allusion à la prose de Boileau sera expliquée prochainement.

" Dira les bataillons sous Mastricht enterrés, " Dans ces affreux assauts du soleil éclairés ?

" Maestricht était une des places les plus considéra- " blés qui restaient aux Hollandais, après les pertes " qu'ils avaient faites en 1672. Le Roi en fît le siège " en personne ; et après plusieurs assauts donnés en " plein jour, et dans lesquels on avait emporté tous " les dehors, l'épée à la main, cette forte place se ren- " dit, le 29 de juin 1673, après treize jours de tranchée ouverte (^)." La note de Brossette résoud l'objection que pourrait faire naître le dernier hémistiche : Du soleil éclairés, expression qui ne vient pas là uniquement

défaite des Bataves, adressait à tous rimeurs picards et champenois l'ordre de dormir sans crainte :

" Je vous enjoins de dormir en repos,

" Poètes picards et poètes de Champagne ;

" Ni les Germains, ni les troupes d'Espagne ;

" Ni le Bat ave, enfant de P Océan,

" Ne vous viendront éveiller de cet an. "

( Épître à Ttirenne.) I. Nouv. Retn. etc., p. 99. — 2. Brossette.

pour la rime. Les assauts contre Maestricht se firent " en plein jour ".

Lorsque Boileau se demandait qui chanterait Louis XIV dans une autre Énéïde, il ne se doutait probablement pas encore du choix que le Roi allait faire de deux poètes, pour écrire en prose ses entreprises et ses conquêtes. En 1677, Racine et Boileau furent improvisés historiographes de Sa Majesté. Ce choix avait de quoi surprendre les deux amis ; il en surprit d'autres : — " Vous savez, écrivait Madame de " Sévigné à son cousin de Bussy, que le Roi a donné " deux mille écus de pension à Racine et à Despréaux, " en leur commandant de tout quitter, pour travailler '* à son histoire, dont il aura soin de leur donner des " mémoires. Je voudrais voir un échantillon de leurs " ouvrages ('). " Trois jours après, Bussy répondait : " Je ne pense pas que Despréaux et Racine soient " capables de bien faire l'histoire du Roi,

Le 3 novembre suivant, autre lettre et même jugement de la Marquise : "Vous me parlez fort bien en '* vérité de Racine et de Despréaux. Le Roi leur dit, " il y a quatre jours : Je suis fâché que vous ne soyez " venus à cette dernière campagne ; vous auriez vu la " guerre, et votre voyage n'eût pas été long. Racine " lui répondit : Sire, nous sommes deux bourgeois, " qui n'avons que des habits de ville; nous en com- " mandâmes de campagne ; mais les places que vous " attaquiez furent plus tôt prises que nos habits ne ' furent faits. " Bussy répliquait, le 6 novembre : " La réponse de Racine au Roi est bonne pour un " courtisan; mais elle ne vaut rien pour un historien." Les deux " bourgeois " métamorphosés en hommes de guerre partirent enfin: " Ces deux poètes histo-

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