‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 13 sur 150 · Caract · texte numérisé non relu

Caract

" Il n'eût point fait souvent grimacer ses figures,

Praclon réclame, non pas en faveur de Molière, mais au nom du beau langage ! " Que veut dire fawe gri- " niacer ses figures? Grimace ç:i figure ont le même '* sens. Oui grimace, fait une méchante figure. Mais " on n'a jamais ôXx. faire grimacer sesfiguî^es ('). "

Cette remarque de Pradon donne vraiment la mesure de ses critiques. Pradon déclare qu'il n'y a point de différence entre ^;'//;^^^^ ç± figure. Boileau parle en deux endroits, au moins, du " savoir de Pradon "; en voilà un joli échantillon ; Pradon prenait la métaphore pour un terme de chimie, et confondait y%"?/r^

avec grimace.

" Quitté pour le bouffon l'agréable et le fin, " Et sans honte à Térence allié Tabarin. " Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe, " Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope.

" When in the Fox I see the Tortoise hist " I lose the author of the Alchemist. "

(Dryden.)

" Je ne puis m'empêcher de croire, avec M. Des- " préaux, que Molière, qui peint avec tant de force et " de beauté les mœurs de son pays, tombe trop bas " quand il imite le badinage de la Comédie italienne.

" Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe

" Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope (-). "

Arnauld jugeait les inégalités de la Comédie de Molière, comme le font Despréaux et Fénelon. Il reprochait même à Despréaux d'avoir trop loué Molière par son Épitre vu : " Molière, disait Arnauld, " avec tout son esprit, avait bien des hauts et des bas

I. Retnarques, p. 96. — 2. Fénelon, Lettre à PAcad., ch. VII.

" et ses Comédies étaient une école de mauvaises " mœurs ('). " Baillet le janséniste, soit dit par parenthèse, va bien plus loin que le janséniste Arnauld : " M. Molière, écrit-il, est un des plus dangereux enne- '' mis que le siècle, ou le monde ait suscités à l'Eglise " de Jésus-Christ... " Nous reviendrons sur ces jugements au chant iv^.

Brossette se croit obligé d'expliquer le sens des mots " Scapin s' enveloppe''. — " Ce n'est pas Scapin " qui s'enveloppe dans un sac; c'est le vieux Géronte " à qui Scapin persuade de s'y envelopper. Mais cela " est dit figurément dans ce vers, parce que Scapin est " le héros de la pièce.

Berriat Saint-Prix commente plus utilement l'allusion que fait ici Boileau et l'accusation portée contre Molière d'avoir allié Tabarin à Térence : " Dans la " seconde Fm'ce de Tabarin [Rectieil général, etc., " Paris, 1623, p. 161 et suiv.), un vieillard est en effet " renfermé dans un sac comme Géronte, et battu par " Tabarin.

A ces remarques de détail il faut joindre une note historique sur le mot " s enveloppe ". C'est le texte de Boileau tel que le donnèrent 40 éditions, de 1680 à 1713 (^). Brossette aurait voulu lire '' F enveloppe''. Mais ce n'est ni l'expression ni le sens du maître.

Boileau avait eu raison de regretter dans certaines Comédies de Molière, la trivialité banale de la farce et de la bouffonnerie. Molière est-il descendu à cette Comédie de foire par défaut de goût, ou simplement pour " nonrrir sa troupe ", en faisant rire le gros public?V.-di seconde hypothèse est la plus vraisemblable. Mais les ennemis de Boileau furent aises de trouver dans \ Art Poétique ce procès que Boileau intentait à

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