Lettre à M. de Monchesnai
3. Grands Jours d'Auvergne, Éd. Chéruel, p. 126. — Cette doctrine de la Tragédie et de la Comédie moralement " indifférentes " avait été, vingt-cinq ans avant VArt Poétique, déclarée irréprochable par douze docteurs de Sorbonne. La reine Anne d'Autriche aimait la Comédie. Mais sa conscience avait été alarmée d'une décision de sept docteurs qui réprouv-aient ces divertissements et les taxaient de " péché mortel ". La reine fit consulter de nouveau la Sorbonne. " Alors, raconte M™^ de " Motteville, il fut prouvé par dix ou douze autres Docteurs, que, présup- " posé que dans la Comédie il ne se dise rien qui pût apporter du scan- " dale, ni fût contraire aux honnêtes mxurs, qu'elle était de soi indiff"é- " rente, et qu'on pouvait l'entendre sans scrupule ; et cela fondé sur ce " que l'usage de l'Église av^ait beaucoup diminué de cette sévérité apos- " tolique que les premiers chrétiens avaient observée dans les premiers " siècles. Par cette voie, la conscience de la reine fut en repos. Mais " malheur à nous d'avoir dégénéré de la vertu de nos pères; et malheur " à nous d'être devenus ainsi des infirmes dans notre zèle et notre fidé- " lité! " (Voir J. Levallois, Corneille inconnu, W^ P. ch. 2.)
11 tlétrit les " dangereux auteurs " et le " papier " coupable ". Il n'est pas sévère, mais il tient à être honnête. Boileau, à rester dans le pur domaine des principes, paraît inattaquable; mais ses principes sont larges. D'aucuns seraient même tentés d'appliquer littéralement au poète le vers de son Épître x"" : " Ami de la vertu ])lutôt. (|ue vertueux ('). "
Desmarets se prononce à peu près dans ce sens :
' On peut, dit-i], juger s'il (Despréaux) est de ces dan-
" gereux auteurs, qui trahissent la vertu (^). " Mais
Desmarets n'est généralement pas tendre à l'égard de
son adversaire.
On lit dans les Mémoires de Louis Racine, comment Boileau persuada au grand janséniste Arnauld que la PJûdre de Racine était une Tragédie absolument innocente. Il s'applaudissait même de ce curieux succès. Sans doute il avait joué un bon tour au rigide champion de la morale soi-disant austère (^), Mais il faut croire, ou bien qu'il était peu convaincu, ou bien qu'il changea d'opinion. Sa lettre du 3 septembre i ^o"] en fait foi.
Le sieur de Souvigny nous apprend qu'un grand seigneur de ces temps-là (il ne le nomme pas) conçut un projet vraiment judicieux, utile au théâtre et aux