‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 8 sur 150 · I. Caractères; de l'Homme. — 2. L. II · texte numérisé non relu

I. Caractères; de l'Homme. — 2. L. II

" lumières à l'âge de quinze ou seize ans, que l'ordi- " naire des hommes en a raisonnablement sur la fin " de l'adolescence ('). "

L' " enfant " de La Mesnardière n'est plus 1' "enfan- " çon " d'Horace; c'est déjà presque le Britannicus de Racine. Racine, au temps où Boileau limait sa poétique, avait compris, par l'étude d'Euripide, quel effet peut produire le rôle d'un véritable enfant, même de celui qui sait à peine bégayer innocemment sa pensée. Il avait plaidé contre des ignorants la cause du petit Eumèle dans le drame si touchant âiAlcesie, et " surtout dans ce beau récit où l'on dépeint Alceste " mourante, au milieu de ses deux petits enfants, qui " la tirent en pleurant par la robe, et qu'elle prend sur " ses bras l'un après l'autre pour les baiser (-'). "

" Un jeune homme, toujours bouillant dans ses caprices, " Est prompt à recevoir l'impression des vices ; " Est vain dans ses discours, volage en ses désirs, •' Rétif à la censure, et fou dans les plaisirs.

Boileau entre en lutte avec des maîtres habiles ; et reste assez loin du tableau d'Horace :

" Imberbis juvcnis, tandem custode re//ioto, " Gaudet equis canibusqiie et aprici gramùie caiiipi; " Cereus in vitiiDH flecti, niotiiioribiis asper, Utiluitn tardus provisor^ prodigus aeris, Sublimis, ciipidusque et amata relinqiierepernix (s). "

D'où Vauquelin tire ces dix alexandrins :

" Le jeune gentilhomme à qui le poil ne poind, " Et qui sort hors de page et de maîtres n'a point, " Aime chiens et chevaux, et, loin de son pédante, •' A voir après le cerf la meute clabaudante... '• Au vice, comme cire, il est ployable et tendre, " Apre et rude à ceux-là qui le veulent reprendre,

I. La Poétique^ p. 125. — 2. Préface ôUphige'nie. — 3. V. 161 -166.

"' Paresseux à pourvoir à son utilité, • Dépensier, désireux, rempli de vanité; ■ Qui bientôt est fâché de ses folles délices, '• Aimant divers plaisirs et divers exercices ('). "

Régnier est plus concis :

" Croissant l'âge en avant, sans soin de gouverneur, " Relevé, courageux et cupide d'honneur, ■' Il se plaitaux chevaux, aux chiens, à la campagne : '• Facile au vice, il hait les vieux et les dédagne : '• Rude à qui le reprend, paresseux à son bien, •' Prodigue, dépensier, il ne conserve rien ; •' Hautain, audacieux ; conseiller de soi-même, '■■ Et d'un cœur obstiné se heurte à ce qu'il aime "'.

Il serait hors de saison de citer Aristote en grec. Mais Bossuet a imité ou reproduit le caractère du jeune homme, d'après le stagyrite. Voici quelques lignes de ce caractère esquissé par Bossuet jeune encore : " Vous " dirai-je en ce lieu ce que c'est qu'un jeune homme " de vingt-deux ans? Quelle ardeur, quelle impatience, " quelle impétuosité de désirs! Cette force, cette vi- " gueur, ce sang chaud et bouillant, semblable à un vin " fumeux, ne leur permet rien de rassis ni de mo- " déré... (-')

■' L'âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage, '• Se pouse auprès des grands, s'intrigue, se ménage, '• Contra les coups du sort songe à se maintenir, ■■ Et loin dans le présent regarde l'avenir,

Boileau semble ici vainqueur d'Horace :

" Conversis studiis œtas afiimusqiie virilis " Qiiœrit opes et amlcilias, tiiservi/ honori, " Coimnisisse cavet qiiod inox mutare laboret (3). "

■ — " Quand il a l'âge d'homme il se veut augmenter, " Acquérir des amis, aux grands honneurs monter,.

I. L. II. — 2. Panégyr. de S. Bernard, I""^ p. — 3. V. 166-169.

" Garder le point d'honneur, ne faisant, téméraire, " Ce qu'il faudrait après rechanger ou défaire ".

(Vauquelin.)

— " L'âge au soin se tournant, homme fait, il acquiert " Des biens, et des amis si le temps le requiert; " Il masque ses discours, comme sur un théâtre ; " Subtil, ambitieux, l'honneur il idolâtre : " Son esprit avisé prévient le repentir, " Et se garde d'un lieu difficile à sortir. "

(Régnier.)

Boileau l'emporte sur ses devanciers par l'élévation et la grandeur de son dernier vers, qui rappelle Corneille et Bossuet, ou encore l'admirable quatrain de La Fontaine, lequel se termine par :

" Quittez le long espoir et les vastes pensées ('). " La Bruyère a aussi caractérisé en quelques mots les rêves et les ambitions de lage, qu'on appelle l'âge mûr: " Il faut aux enfants les verges et la férule : il faut aux " hommes faits une couronne, un sceptre, un mortier, " des fourrures, des faisceaux, des timbales, des " hoquetons (^).

Mais si l'on veut voir tout au long ce qu'était, ce que faisait, ce que cherchait et voulait l'homme " mur" dans la société du xvif siècle, il faut le demander à I Bourdaloue. N'essayons point de le transcrire ; autrement il faudrait citer tous ces portraits, d'après nature, que le grand orateur étalait à son siècle du haut de la chaire chrétienne. Tous ne sont pas beaux.

" La vieillesse chagrine incessamment amiasse ;

" Garde, non pas pour soi, les trésors qu'elle entasse ",

" Marche en tous ses desseins d'un pas lent et glacé ;

" Toujours plaint le présent et vante le passé ;

" Inhabile aux plaisirs dont la jeunesse abuse,

" Blâme en eux les douceurs que l'âge lui refuse.

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