‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 81 sur 150 · J-'ART POETIQUE · texte numérisé non relu

J-'ART POETIQUE

" Imite mon exemple ; et lorsqu'une cabale,

■' Un flot de vains auteurs follement te ravale,

■' Ris du bruit passager de leurs cris impuissants ('). "

Racine n'eut pas le courage de rire ; il s'affligea et se tut pendant plus de dix ans.

Le bon La Fontaine, qui n'eut que peu ou point de jaloux, priait, lui aussi, les habiles demépriser lescabales formées par les auteurs"de méchants livres bien payés":

" Laissez dire les sots ; le savoir a son prix {'). "

" Et sur les pieds en vain tâchiant de se hausser, " Pour s'égaler à lui cherche à le rabaisser.

Corneille répondait aux médiocrités jalouses, par ces vers dignes de l'un de ses Romains :

" Je vois d'un œil égal croître le nom d'autrui,

" Et tâche a m'élever aussi haut comme lui,

" Sans hasarder ma peine à le faire descendre; (3) "

et par cette phrase de \ Épître, en tête de la Suivante : " Si je ne fais bien, qu'un autre fasse mieux ; je ferai " des vers à sa louange, au lieu de le censurer.

C'est bien le cas de s'écrier une fois de plus, avec ]\I"^e de Sévigné : " Vive le vieux Corneille ! "

Pour s'égaler à lui, tâche à le rabaisser ;

Je ne veux en aucune sorte faire retomber pareille accusation contre Scudéry ; il était peut-être sincère en attaquant le Cid. Mais je ne sais quel anonyme, s'intitulant : Bourgeois de Paris, Màrguillier de sa Paroisse^ (Corneille était aussi inargnillier), congratula Scudéry d'avoir réprimé" les vanités insupportables" de l'auteur du Cid, et s'essaya lui-même à en faire autant :

" J'ai voulu, disait le parisien-marguillier, un peu

I. Ibid., V. 71, etc. — 2. Fab. L. \'III, f. 19. — 3 Ih., p. 62.

" rabattre cette grande vanité de Corneille ; et faire " comme ces soldats romains, qui mêlaient quelques " traits de moquerie à leurs Empereurs, parmi leurs " chants de triomphe, pour réprimer un peu leur joie..." Corneille " emporté sans ailes par ce vent populaire, " n'a pas su ce qu'il devenait, et est tombé lourdement " quand il s'est voulu fier sur ses forces, en se louant " lui-même par une misérable Lettre à Ariste, où il " s'est étendu en des vanités insupportables. Scudéry •' a bien eu quelques raisons de s'opposer à cette déifi- " cation qu'il (Corneille) faisait de lui-même, sans en " demander permission à Jupiter. Il faut qu'il songe à " se purifier auparavant de ce qui se trouve encore en " lui de terrestre et de mortel (') ! "

" Ne descendons jamais dans ces lâches intrigues (="). '« N'allons point à l'honneur par de honteuses brigues.

Ces vers d'allure quasi Cornélienne rappellent la déclaration de Y Excuse à Ariste :

" Pour me faire admirer, je ne fais point de ligue ;

" l'ai peu de voix pour moi, mais je les ai sans brigue. "

Cette fierté était bien faite pour révolter le margtdllier parisien !

Pradon se hâte de prendre acte des bonnes dispositions manifestées par Boileau dans cet alinéa : " J'espère que Monsieur D**^ sera assez galant " homme pour tenir sa parole ; et qu'il souffrira sans

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