Corneille inconnu. J. Le Vallois, p
2. On a chicané à Boileau cette expression descendre dans des intrigues ; mais c'est une remarque de ces :
'• mille auteurs pointilleux, '■ Pièce à pièce épluchant les sons et les paroles. "
{Ép. X, V. 48 et 49.)
" emportement, qu'après avoir critiqué tout le monde,
" on le critique à son tour ('). "
Vauquelin interdisait aussi toute cabale et intrigue
à son poète idéal :
" Contre ses compagnons il ne machine rien (^). "
" Que les vers ne soient pas votre éternel emploi; " Cultivez vos amis, soyez homme de foi; " C'est peu d'être agréable et charmant dans un livre, " Il faut savoir encore et converser et vivre.
Charleval avait dit, avec les mêmes rimes :
" Méditez incessamment,
" Dévorez livre après livre ;
" C'est en vivant seulement,
" Que vous apprendrez à vivre {^). "
Le quatrain de Boileau ne renferme-t-il qu'un précepte général, sans allusions Pou bien, dans la pensée de l'auteur, est-ce une satire contre l'insouciant nonchaloir du bon La Fontaine ? On a nié cette dernière supposition. Mais Brossette la donne à entendre ; et Brossette savait admirablement " son Boileau ". — " M. de La Fontaine, dit-il en note, n'avait pour tout " mérite que le talent de faire des vers. " Là-dessus le commentateur récite une anecdote, qui certes ne put fournir une occasion aux quatre vers susdits, puisqu'elle leur est postérieure de onze ans ; mais cette historiette, si elle était vraie (•*), confirmerait l'allusion faite par le législateur au Fabuliste :
" M. Despréaux condamnait vivement la faiblesse " que La Fontaine avait eue de donner sa voix, pour " exclure de l'Académie française l'Abbé Furetièreson " confrère et son ancien ami. On dit pourtant, pour
I. N'''^ Rem.^ p. 99. — 2. L. II. — 3. Recueil de Barbin, t. IV, p. 353. 4. B. S. -P. la traite de "fable ridicule''. V. t. III, p. 496, Erreurs de Brossette
" la justification de La Fontaine, qu'il avait bien résolu " d'être favorable à Furetière ;maisque,par distraction. " il lui avait donné une boule noire,qui avait été cause " de son exclusion.
Furetière rapporte aussi une distraction singulière du Bonhomme : " Il n'y a personne qui ne sache les " absences d'esprit extraordinaires de M. de Brancas. " M. de La Fontaine en a eu quelquefois d'aussi fortes. "Il semble que ce soit le partage de ces grands génies " agréables. C'en est une bien grande, que d'aller à " l'enterrement d'un deses amis, et quelques jours après " de le venir voir chez lui, comme s'il était encore au " monde. Cela est arrivé à M. de La Fontaine ('). "
Cela prouverait à tout le moins que le bon fablier, malgré ses distractions, " cultivait ses amis ". Perrault pourtrayait ainsi l'heureux caractère de cet ami fidèle : "' Il s'estimait peu ; il souffrait aisément la mauvaise " humeur de ses amis ; il ne leur disait rien que d'obli- " géant, et ne se fâchait jamais, quoiqu'on lui dît des " choses capables d'exciter la colère et l'indignation " des plus modérés (^). "
La Bruyère a dessiné la physionomie de La Fontaine, en un tableau fort connu, et fort semblable à celui du quatrain de Boileau : " Un homme paraît " grossier, lourd, stupide ; il ne sait pas parler ni ra- " conter ce qu'il vient de voir. S'il se met à écrire, c'est " le modèle des bons contes; il fait parler les animaux. " les arbres, les pierres, tout ce qui ne parle point : ce " n'est que légèreté, qu'élégance, que beau naturel et " que délicatesse dans ses ouvrages (^). " Cet éloge des fables est bien synonyme de l'expression : " agréa- " ble et charmant dans un livre.
I. Fmrtiriana, p. 13S. — ?. Les lioiuincs illustres, t. I, p. 83. — 3. Caract. ch. XI, Des jugements.
Le Bonhomme, que La Bruyère fait si " stupide ", se rendait parfaitement compte de son insouciance et incurie à l'égard de tout ce qu'on nomme les affaires. Qu'on en juge par ces lignes adressées à Racine : " On vous avait assuré que je travaillais sans cesse, " depuis que je suis à Château-Thierry ; et qu'au lieu " de m'appliquer à mes araires, je n'avais que des vers " en tête. Il n'y a de tout cela que la moitié de vrai. Mes " araires m'occupent autant qu'elles en sont dignes, " c'est-à-dire nullement. Mais le loisir qu'elles me " laissent, ce n'est pas la poésie, c'est la paresse qui " l'emporte (').
Si vraiment Boileau a visé La Fontaine dans ces vers sur les relations sociales, il serait piquant d'y opposer un jugement porté sur Boileau en personne par une de ses connaissances. Segrais (dont nous lirons l'éloge au vers 201) prétend que Boileau ne savait point " converser et vivre ". Je copie, clans les Mémoires anecdotes, cette boutade du Pastoral contre le Satirique : " C'est à l'occasion de Despréaux et de Racine, " que M. de La Rochefoucauld a établi la maxime, par " laquelle il dit, que c'est une grande pauvreté de " n'avoir qu'une sorte d'esprit. Tout leur entretien ne " roule que sur la poésie. Otez-les de là, ils ne savent " plus rien {^).
Louis Racine prend à tâche de justifier son père, et du même coup l'ami de son père : " Segrais qui admi- " rait avec raison Corneille, mais qui n'avait pas raison " de le louer aux dépens de Boileau et de mon père, " avance, dans ses mémoires, que cette maxime de " La Rochefoucauld : C est 7ine grande pauvreté de " 71 avoir gîi une sorte d'esprit, fut écrite à leur occa- " sion ; parce que, dit Segrais, tout leur entretien roule