‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 83 sur 150 · I. 6 juin 1686. — 2. Segrais, Mém. Anecd., p · texte numérisé non relu

I. 6 juin 1686. — 2. Segrais, Mém. Anecd., p

" sur la poésie : Otez-Ies de là, ils ne savent plus rien. "Ce reproche, injuste à l'égard de Boileau même, " l'est encore plus à l'égard de mon père. Un homme " qui n'eût été que poète, et qui n'eût parlé que vers, " n'eût pas longtemps réussi à la cour. Il évitait tou- ." jours de parler de ses ouvrages ; et lorsque quelques " auteurs venaient pour lui montrer les leurs, il les " renvoyait à Boileau, en leur disant que pour lui il ne " se mêlait plus de vers. Quand il en parlait, c'était " avec modestie, et lorsqu'il se trouvait avec ce petit " nombre de gens de lettres, dont ainsi que Boileau, " il cultivait la société. Ceux qu'il voyait le plus " souvent étaient les PP. Bourdaloue, Bouhours et " Rapin; MM. Nicole, Valincour, La Bruyère, La " Fontaine et Bernier... Leurs amis étaient communs, " comme leurs sentiments. Tous deux respectaient, " autant qu ils le devaient, le R. P. Bourdaloue. Les " grands hommes s'estiment mutuellement {').

Saint-Simon, qui est loin de dire toujours du bien de tout le monde, confirme cette filiale apologie. Il apprécie en ces termes la conversation du " célèbre " Racine, si connu par ses belles pièces de théâtre : " Personne n'avait plus de fonds d'esprit, niplusagréa- " blement tourné. Rien du poète dans son commerce, " et tout de l'honnête homme (^). "

Racine avait défini et loué d'un mot le commerce de Boileau, le jour où il écrivit à son fils Jean-Baptiste : " M. Despréaux,... il n'y a pas un meilleur ami, ni un " meilleur homme au monde (^) "; ou encore : " M. " Despréaux... est fort bon homme ('*). " Telle est l'opinion de ceux qui approchèrent Boileau de plus près. " M. Despréaux gagnait à être vu et pratiqué.

I. iWe'm. sur la vie de J. Rac. -~ 2. Mém. — 3. Lettre du 24 oct. 1698, — 4. 13 fév. 1698.

l'art poétique. — ni. "

L'ART POHTIQUE.

" Son entretien était doux et n'avait ni ongles ni griffes, " comme il le disait lui-même(')." Le fiel de Despréaux ne se déversait que sur les " sots livres ". Le " bon " homme " Despréaux n'était pas " si noir " qu'on se i'imagine ; il l'affirmait lui-même joyeusement malgré le fardeau de ses onze lustres :

" Ce censeur, qu'ils ont peint si noir et si terrible, " Fut un esprit doux, simple, ami de l'équité ; " Qui, cherchant dans ses vers la seule vérité, " Fit, sans être malia, ses plus grandes malices ; "... Enfin sa candeur seule a fait tous ses vices (^). "

La " candeur " du Satirique est célébrée dans le Solœana. Ce recueil se termine par un Madrigal, dont je détache les premiers vers :

" Dans ses nobles écrits que respecte l'envie, " Despréaux est plein de grandeur ; " Dans le commerce de la vie, " C'est un enfant pour la candeur. "

Qu'on se souvienne aussi du mot de son père : " Pour Colin c'est un bon garçon ! "

Le grand Corneille, marguillier et créateur de héros, avait quelques-unes des qualités exigées par le quatrain de Boileau ; toutes, non ; ce ne fut point un homme de cour : " Il avait l'humeur brusque, et quel- " quefois rude en apparence ; au fond, il était très aisé " à vivre, bon père, bon mari, bon parent, tendre et " plein d'amitié. " Mais " rien n'était égal à son inca- " pacité pour les affaires, que son aversion (3). " Corneille vivait avec ses héros et il en avait les manières.

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