I. Vauquelin, liv. II. — 2. Mém'. etc., l'" p
" Je sais qu'un noble esprit peut, sans honte et sans crime, " Tirer de son travail un tribut légitime.
Boileau expliqua à Louis Racine le sous-entendu de cette restriction : " Quoique fort économe de son " revenu, il (M. Despréaux) était plein de noblesse " dans les sentiments. Il m'a assuré que jamais libraire " ne lui avait payé un seul de ses ouvrages ; ce qui " l'avait rendu hardi à railler, dans son Art Poétique, " (chant iv) les auteurs qui
" Mettent leur Apollon aux gages d'un Libraire ;
" et qu'il n'avait fait les deux vers qui précèdent :
"y^ sais gu^un noble esprit peut sans honte et sans crime " Tirer de son travail un tribut légitime,
" que pour consoler mon père, qui avait retiré quelque " profit de l'impression de ses Tragédies. Le profit " qu'il en tira fut très modique ; et il donna dans la " suite Esther et AtJialie au Libraire, de la manière " dont Boileau avait donné tous ses ouvrages (').
Boileau ne prohibe que le " sordide gain " ; mais il appréciait à leur valeur les revenus honnêtes et le tribut royal d'une pension. Un jour même il s'étonna fort de la froideur que manifestait M™^ Racine en face d'une bourse de mille louis. Racine était allé à Versailles, et sa femme l'attendait à Auteuil chez Boileau. A peine arrivé, le poète " courut à elle, et l'embrassant : " Félicitez-moi, lui dit-il ; voici une bourse de " mille louis que le Roi m'a donnée. Elle lui porta " aussitôt des plaintes contre un de ses enfants qui, " depuis deux jours, ne voulait point étudier. — Une " autre fois, reprit-il, nous en parlerons. Livrons-nous " aujourd hui à notre joie. Elle lui représenta qu'il