‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 86 sur 150 · I. Louis Racine, Meni. etc., V^ P · texte numérisé non relu

I. Louis Racine, Meni. etc., V^ P

" devait, en arrivant, faire des réprimandes à cet enfant; " et continuait ses plaintes, lorsque Boileau qui, dans " son étonnement, se promenait à grands pas, perdit " patience et s'écria : Quelle insensibilité ! Peut-on ne " pas songer à une bourse de mille louis {') !

Tous les contemporains de ces deux illustres ne virent point les productions de leur génie rétribuées sur ce pied-là ; " de sorte que, c'est Baillet qui parle, " pour sauver et conserver leur vie, ils ont bien voulu " flétrir et perdre leur réputation ; les uns par la né- " cessité de faire des traductions à trente sols ou à un " écu la feuille ; les autres, de faire des vers à quatre " francs le cent, quand ils étaient grands, et à quarante " sols, quand ils étaient petits, comme le rapporte M. ' Furetière (^).

Le xvii" siècle, nous le verrons amplement tout à l'heure, ne fut point l'âge d'or pour les poètes. Néanmoins il arriva que l'on put alors faire fortune dans le métier de la Lyre. Ce fut le sort de Benserade : " Voilà " donc un poète, qui n'avait hérité de ses pères que " des procès, (Benserade était normand) et qui se voit " environ douze mille livres d'un revenu le plus clair " du monde (^).

La Fontaine, qui ne sut point trafiquer de son génie, croyait comme Despréaux à la légitimité de ce "tribut". Il termine la fable de Simonide par ces deux maximes;

" Je dis premièrement " Qu'on ne saurait manquer de louer largement " Les dieux et leurs pareils ; de plus, que Melpomène " Souvent, sans déroger, trafique de sa peine {'*). "

Melpomène aussi quelquefois "mange son bien avec " son revenu.

I. L. Rac. M<//n. etc., Ibid. — 2. ///<,'-. des Sav., t. I, p. 238. 3. Hist. de PAciid. etc., t. II, p. 241. — 4. L. I, f. \z.

" Mais je ne puis souffrir ces auteurs renommés, " Qui, dégoûtés de gloire et d'argent afTamés, " Mettent leur Apollon aux gages d'un Libraire, " Et font d'un art divin un métier mercenaire.

Faut-il en ce tableau satirique reconnaître le grand Corneille? Brossette le laisse deviner : " Notre auteur " félicitait le grand Corneille du succès de ses Tragé- " dies et de la gloire qui lui en revenait. — Oui, " répondit Corneille; je suis soûl de gloire et affamé '' .d'argent. " Si Boileau vise encore le plus grand de nos poètes, le très glorieux pauvre qui inventa pour nous une langue de rois, Boileau copie ou reproduit un mot de l'abbé d' Aubignac. Les succès de l'auteur du O'rt^ éclipsaient l'auteur de Zéiiobie. Celui-ci disait à Corneille : " Il faudrait avoir perdu le sens ausfei bien " que vous, pour être en mauvaise humeur du gain " que vous pouvez tirer de vos veilles, et de vos em- " pressements auprès des histrions et des libraires. Il '' vous arrive assez souvent, lorsqu'on vous loue, de '\dire que vous n èx.ç.s ^\us affamé de g/oire, mais dar-

Oui, même après avoir écrit le Cîd, Horace et j^ûl^etide, Corneille était pauvre; ou, comme le remarque amèrement La Bruyère: " Chapelain était riche, " et Corneille ne l'était pas. " Mais La Bruyère a eu le tort d'ajouter : " Il (Corneille) ne juge de la bonté " de sa pièce, que par l'argent qui lui en revient. " Corneille a prouvé, dans les Exavieiis de ses Tragédies qu'il les appréciait dans la balance de son génie et non -pas^ au poids de l'or.

Corneille portait sa pauvreté comme sa gloire, fièrernêïrt,""héroïquement. chrétiennement. Il demandait

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