‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 92 sur 150 · I. A. P., V. 391 et seqq · texte numérisé non relu

I. A. P., V. 391 et seqq

phrase que les poètes ont tort de faire des vers pour vivre. Je ne vois dans tout YArtPoétiqîicnçinàG. plus faible, ni de plus malheureusement amené.

Le prédécesseur français de Boileau avait, lui aussi, traduit ce passage de la Lettre aux Pisons; mais il avait su corriger les fantaisies d'Horace, en y joignant une page d'histoire plus vraie, et des conseils plus chrétiens, que nous chercherions en vain, chez Despréaux. Vauquelin de la Fresnaye commente d'abord l'histoire de l'humanité " désauvagée " par la poésie. Puis il dit :

" Premier (') ainsi jadis nos poètes Druides,

" Nos Samothes gaulois, nos Bards, nos Sarromides,

" Policèrent la Gaule : et leurs vers animés

" Rendaient après la mort les princes plus aimés.

" Et même auparavant David avait choisie,

" Pour mieux célébrer Dieu, la sainte Poésie;

" Et tant purent ses vers que, sans jjompeux arroi (^),

" Le berger majesteux de Poète fut Roi.

" Ce que je dis, afin que vous n'ayez point honte " De faire d'Apollon et de la muse compte, "■ De l'Apollon surtout qui, divin et sacré, " Désancrant de Délos en France s'est ancré.

" Portez donc en trophé les dépouilles payennes " Au sommet des clochers de vos cités chrétiennes; " Si les Grecs, comme vous, chrétiens, eussent écrit, '' Ils eussent les hauts faits chantés de Jésus-Christ; " Doncques à les chanter ores je vous invite. '"'

Pourquoi Boileau n'a-t-il jamais eu la pensée, ou le courage, de suivre en cela les traces de Vauquelin ? Boileau, " follement idolâtre et païen (3)", s'est contenté de " ramper sur son modèle ". Si l'on veut croire Saint- Marc (^), Boileau se serait aussi inspiré en cet endroit de \ Idylle IIP de Saint-Geniez. Cette imitation ne nous semble pas évidente. Mais pourquoi Fénelon est-il

I. D'abord. — 2. Équipage. — 3. V. Chant III. — 4. T. II, p. 161. ,

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