‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 94 sur 150 · La déf. etc., p · texte numérisé non relu

La déf. etc., p

il était licite au poète de dire le Ciel. Horace l'y eût autorisé : Cœlo lïhtsa beat.

Vraisemblablement le passage de Despréaux inspira au Poète safisfard une tirade toute pareille ; on y retrouve, par lambeaux, les Amphion, les Orphée, et les vers de YAii Poétiqtie :

" Orphce en ses beaux vers leur (') prêchant la douceur, •' Commença le premier, à calmer leur fureur ; " Les hommes enchantés de sa douce harmonie, " Accourant pour l'entendre, oubliaient leur manie. " Aviphion, après lui, les trouvant moins cruels, " Leur fit voir comme Dieu méritait des autels ; " Pour la société donna des lois utiles, " Et leur enseigna l'art de ccnstiuire des villes. " De là vient qu'on aciu qu'au doux son de sa voix " Amfhion attirait les rochers et les bois, " Ccirme Orphée avait su par son divin largage, " Réprimer la fureur des tigres pleins de rage; " Voilà quel fut alors X&fruit des premiers 7'ers, " Et le bien signalé qu'en reçut l'univers. " Après avoir par eux fait de si grands miracles, " Le Ciel voulut efî vers prcncncer SCS oracles (f). "

Le dernier alexandrin est presque mot peur mot celui de " notre auteur ". Mais le Poète sans fard n'a pas plus rafraîchi ces vieilleries, que ses collaborateurs et modèles, y compris Despréaux.

" Du sein d'un prêtre ému d'une divine horreur,

Ici Desmarets fait une critique plus heureuse : " Il y "aï/?/, dîin et d'nne. Oh ! quel poète (^) ! "

" Apollon par des vers exhala sa fureur.

" Bientôt ressuscitant les héros des vieux âges,

" Homère aux grands exploits anima les courages.

I. Aux mortels. — 2. Gacon, Ép. XV ^ p. 132. — 3. La déf. etc., p. 105.

" Les courages ", dans la langue du xyii^ siècle, signifient les cœurs. Bossuet parle des " courages " émus" (").

" Hésiode, à son tour, par d'utiles leçons,

" Des champs trop paresseux vint hâter les moissons.

Boileau abandonne Horace ; Horace n'a point fait • mention d'Hésiode, mais de Tyrtée. Que veulent dire les mots â son toui^ ? Boileau admet-il par là, contre l'autorité d'Hérodote, que l'auteur des Travaux et des jours fut postérieur au chantre d'Achille ? Ses deux vers feraient aussi supposer qu'Hésiode a écrit un poème didactique comme les Géorgiques. C'est attribuer aux "Epya xal 'H[jL£pa'. une prétention que n'a point cet almanach rythmé du poète béotien. #

" En mille écrits fameux la sagesse tracée

" Fut, à l'aide des vers, aux mortels annoncée ;

" Et partout des esprits ses préceptes vainqueurs,

" Introduits par l'oreille, entrèrent dans les cœurs.

" Pour tant d'heureux bienfaits les Muses révérées

" Furent d'un juste encens dans la Grèce honorées:

" Et leur art, attirant le culte des mortels,

" A sa gloire en cent lieux vit dresser des autels.

Sous cette amplification pénible et inutile il suffirait de transcrire les deux vers du chant m :

" Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles " Sont d'un déclamateur amoureux de paroles (-)• "

Cette peinture d'un âge d'or de la poésie est la doublure d'un autre tableau " des temps bienheureux du " monde en son enfance ", encadré par Boileau dans la Satire v^. Même procédé, même luxe d'histoire en l'air. Pareille remarque s'applique au conte de

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