‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 146 sur 255 · Paraît. 2' Édit. T. III, p · texte numérisé non relu

Paraît. 2' Édit. T. III, p

soi-disant burlesque de Despréaux, et il le compare avec celui de Scarron. Voici un échantillon de ce Dialogue :

" Le Chevalier. — Après l'aversion qu'un des satiri- " ques modernes a témoignée pour le burlesque dans " son Art Poétique, j'ai été étonné qu'il ait composé " un poème dans ce genre de poésie.

" Le Président. — C'est un beau et noble burlesque " que celui-là, un burlesque fait pour divertir les " honnêtes gens, pendant que l'autre, bas et rampant, " ne réjouit que le menu peuple et la canaille.

" Le Chevalier. — Cependant, à le bien prendre, le " burlesque du Lutrin, quelque beau qu'il soit, n'est " qu'un burlesque retourné.

" L' Abbé. — ...L'auteur du Virgile travesti 2t. revêtu " d'expressions communes et triviales les choses les " plus grandes et les plus nobles; et l'auteur du Lutrin, " en prenant le contrepied, a parlé des choses les plus " communes et les plus abjectes en des termes pom- " peux et magnifiques. Dans l'ancien burlesque, le " ridicule est en dehors et le sérieux en dedans ; dans " le nouveau, que Monsieur le Chevalier appelle un " burlesque retourné, le ridicule est en dedans et le " sérieux en dehors.

''Le Chevalier. — Quoi qu'il en soit, j'aime mieux " le burlesque qui est à l'endroit que le burlesque qui " est à l'envers.

" L Abbé. — Je veux vous donner une comparaison *' là-dessus : Le burlesque du Virgile travesti est une " princesse sous les habits d'une villageoise ; et le " burlesque du Lutrin est une villageoise sous les " habits d'une princesse... Quoi qu'il en soit, on est " redevable à l'auteur du Lutrin d'avoir inventé ce " burlesque, qui a son mérite et on ne peut pas lui re

" fuser toutes les louanges qui sont dues aux premiers " inventeurs {'). "

Je doute que Boileau ait été flatté de s'entendre appeler écrivain burlesque, bien que le style burlesque de Boileau soit qualifié par Perrault de burlesque retourné.

Le burlesque était en grande faveur pendant les premières années de l'Académie et de Louis XIV. L'Académie ne crut point déroger à sa dignité en accordant un moment d'attention à ce langage. Saint- Amant proposa à ses graves confrères de recueillir les termes burlesques, pour en enrichir le futur Dictionnaire que l'Académie promettait à la France. Pellisson raconte le fait et observe que le mot burlesque n'était pas encore usité en français. M. de Saint- Amant, ditil, promit de faire "la tç>^\:x\g. co77tïgue du Dictionnaire", et de réunir "les iç.rr[\ç.s, grotesques, c'est-à-dire, comme " nous parlerions aujourd'hui, burlesques. Mais ce mot " burlesque, <\\i\ était depuis longtemps en Italie n'avait " pas encore passé les monts (^) ; et M. Ménage " remarque fort bien en ses Origines, qu'il fut premiè- " rement employé par M. Sarrazin longtemps après. " Alors on peut dire, non seulement qu'il passa en " France, mais encore qu'il s'y déborda et qu'il y fit " d'étranges ravages {^). "

" M. Sarrazin, dit Ménage, se vantait d'avoir le " premier employé le mot de Burlesque, comme je " l'ai remarqué il y a longtemps dans mes Origines de " la Langue française {f) ".

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