De la conn. des bons Liv. Tr. III, p
2. M. V. Fournel corrige Brossette et relève d'un cran la position sociale de Tabarin : " Brossette paraît avoir confondu le rôle de valet, " toujours rempli par Tabarin sur la scène, avec sa position réelle vis- " à- vis de Mondor. Tabarin jouait les valets, comme tant d'autres comé- " diens qui n'en sont pas moins indépendants pour cela dans leur vie w privée. " {Spectacles po-puL— Opérateurs et Charlatans.)
" vendeur de baume, qui établissait son théâtre dans " la Place Dauphine, vers le commencement du " xvii« siècle. Il roulait aussi dans les autres villes " du royaume avec Tabarin, le bouffon de sa troupe. " Les plaisanteries de Tabarin ont été imprimées plu- " sieurs fois à Paris et à Lyon, avec privilège, sous le " titre de Recueil des questions et fantaisies Tabari- " niques. Elles ne roulent que sur des matières d'une " grossièreté insupportable, et qui ne peuvent plaire " qu'à la canaille.
Le théâtre de Mondor et de Tabarin se composait d'une estrade ; la toile du fond était un lambeau de tapisserie. A l'avant-scène apparaissaient les deux grands et uniques personnages ; derrière eux, l'orchestre, se composant d'un joueur de violon et d'un joueur de rebec ; puis un " marocain " chargé du coffre aux onguents. Mondor portait de longs cheveux et une barbe blanche ; Tabarin avait pour costume " son " pantalon large, son taba)' négligemment drapé sur " ses épaules, son épée de bois passée dans sa ceinture, " sa barbe en trident de Neptime, ses longues mous- " taches, et sur la tête cet immense, ce fantastique " chapeau, ce Protée aux mille formes, qu'il pétrissait " comme une cire entre ses doigts ('). "
Alors commençait la représentation, dialogue du solennel Mondor et du boufton Tabarin, dialogue saugrenu, ordurier, obscène. Perrault cite, en son Parallèle, l'une des plus honnêtes questions Tabariniques ; il y joint quelques détails sur la mise en scène : " Les dialogues de Mondor et de Tabarin, dit- " il,... commençaient ordinairement par une question " curieuse que faisait Tabarin. Mondor disait mille
I. Voir M. V. Fournel, Sfiect. Pop. — Opérateurs et Charlatans.
" choses savantes et pleines d'érudition sur la question " proposée, et en donnait la solution en homme grave " et comme un philosophe qui a pénétré dans les " secrets delà nature. Après quoi, Tabarin donnait la " sienne à sa manière, et faisait rire par l'opposition " de son ridicule au sérieux du discours scientifique " de son maître.
" Un jour par exemple, il demanda lequel des ani- " maux volait le mieux. Mondor fit une longue disserta- " tion sur le vol des oiseaux et sur la construction ad- " mirable de leurs ailes et de leurs plumes ; et conclut " que le gerfaut était de tous les oiseaux celui qui " volait le mieux. — Vous êtes un ignorant, mon " maître, reprit Tabarin ; c'est un greffier. Il n'a, à la " vérité, qu'une plume sur l'oreille ; mais avec cette " plume-là, il vole mieux que tous les animaux que " vous venez de nommer (').
La Fontaine connaissait de réputation ce très populaire dramaturge, et il savait que trop souvent les petites gens goûtent ces artistes-là. Aussi bien, quand il mène à la boucherie le mouton avec le cochon gras, a-t-il soin de faire remarquer que
" Le charton n'avait pas dessein " De les mener voir Tabarvi (2). "
La Fontaine a rendu au bouffon valet de Mondor un témoignage plus éclatant. Il lui a emprunté l'idée d'une de ses jolies fables : Le Gland et la Citrouille (3).
1. Paraît, etc. 2*= Éd. t. II, p. 116-7. — Perrault juge ce dialogue Tabarinique " fade, froid et détestable". Mais le champion des modernes, Perrault, Vantipindarique et l'antiplatonique, tire de là cette conclusion plus que singulière : que le Grand Hippias de Platon n'a pas tous les mérites de ces farces du Pont-Neuf ou de la Place Dauphine./'r<?/z pudc- '