‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 199 sur 255 · Lettre à Racine, 6 juin · texte numérisé non relu

Lettre à Racine, 6 juin

" même de Ronsard, il fallut un commentaire à ses " poésies ('). "

Fénelon a reproduit en les complétant les jugements de son siècle sur l'auteur de la Franciade : " Ronsard " avait trop entrepris tout à coup. Il avait forcé notre " langue par des inversions trop hardies et obscures; " c'était un langage crû et informe. Il y ajoutait trop " de mots composés, qui n'étaient point encore intro- " duits dans le commerce de la nation; il parlait " français en grec, malgré les Français mêmes. " Cependant Fénelon s'élève au-dessus de ces critiques ressassées ; et, au même endroit, l'archevêque de Cambrai rend quelque justice aux innovations du gentilhomme abbé de Saint- Cosme : " Il n'avait pas " tort, ce me semble, de tenter quelque nouvelle route " pour enrichir notre langue, pour enhardir notre "poésie, et pour dénouer notre versification nais- " santé ('). "

Non, Ronsard n'avait pas tort. Il s'abusa seulement sur le choix des moyens; il oublia que c'est au peuple qu'il appartient de faire sa langue. Je me trompe; il ne l'oublia point : mais à cette langue franche, nerveuse, intelligible, il mêla ce jargon renouvelé des attiques, bon pour les Erasme et les Etienne. Ronsard aurait dû, pour sa gloire et pour le succès de son beau rêve, s'en tenir aux conseils qu'il dictait à ses propres amis. [Il voulait qu'ils employassent les mots d'origine française, créés, façonnés, employés par les populations de nos provinces, soit du nord, soit du midi. S'il avait suivi ses préceptes, avec discernement, il aurait grandement enrichi notre vocabulaire et sauvé son nom de reproches trop mérités.

1. Réfl. sur la poés. fr., Éd. de l'abbé Genest, 1730, p. 16.

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