‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 200 sur 255 · Lettre à l'Acad., ch. V · texte numérisé non relu

Lettre à l'Acad., ch. V

Cette remarque se lit dans presque tous nos traités modernes de littérature. Je ne m'y appesantirai pas; les redites engendrent le dégoût. Mais le xvii^ siècle, par la plume du jeune avocat lyonnais, semble avoir fait un nouveau sujet de blâme pour Ronsard, de cette heureuse initiative. Écoutons Brossette : " Ronsard " conseillait d'employer indifféremment tous les dia- " lectes. (Préface sur la Franciade): " Et ne se faut " soucier, dit-il ailleurs, si les vocables sont gascons, " poitevins, normands, manceaux, lyonnais, ou d'autres " pays. (Abrégé de l'Art Poétique.) "

La citation de Brossette n'est pas complète; partant elle est fausse. Elle ne marque point les restrictions que Ronsard imposait à ce choix " de vocables ", restrictions qui justifient l'audace de ce projet. Je transcris, tel qu'il est, le passage de \ Abrégé de l'Art poétique : '' Tu sauras dextreinent choisir et approprier " à ton œuvre les vocables plus significatifs des dia- " lectes de notre France, quand ceux de ta nation ne '' seront assez propres ni signifiants ; ne se faut sou- " cier s'ils sont gascons, poitevins, normands, lyon- " nais, ou d'autres pays, pourvu qtt'ils soient bons, et " que proprement ils expriment ce que tu veux dire {'). "

Avec ces correctifs, omis par Brossette, Ronsard et ses disciples eussent fait une œuvre très digne de los; grâce à eux notre langue ne serait point " appau- " vrie, desséchée et gênée ", comme Fénelon s'en plaignait, quelques mois avant de mourir.

Boileau ne se contenta point de porter contre Ronsard les condamnations rimées de \ Art Poétiqzie. Ce n'était pas assez, selon lui, de réprouver la muse grégeoise de son devancier; il ajoute, dans ses Réflexions

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