‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 202 sur 255 · Lettre à Perrault^ mai · texte numérisé non relu

Lettre à Perrault^ mai

généralissime; tous, sauf le P. Le Moyne, avaient applaudi à cette élection. Alors, " on vit arriver à pas *' lents le bonhomme Ronsard, qui demeurait au pied " de la montagne; il avait eu beaucoup de peine à " monter jusqu'au haut, à cause d'une espèce d'asthme " qu'il avait contractée pour avoir trop chanté. Il pré- " tendait qu'en faveur de son âge, et de la qualité ' qu'on lui avait donnée pendant sa vie de Prince des " Poètes françois, tous ceux de cette nation le choi- " siraient pour leur général. Mais il fut fort surpris, /' lorsqu'il vit cet emploi rempli par Corneille : Quoi! " dit-il, messieurs, d'une voix enrouée et tremblante, " où est l'honneur de la France, de me préférer un " poète de théâtre? A-t-on oublié que j'ai fait la Fran- " ciade? Est-ce ainsi qu'on guerdo7ine mes labeurs? " Est-ce le los que j'ai mérité, pour avoir tiré la poésie " pour ainsi dire du néant? O temps! ô mœurs! Que "diront tous les poètes Grecs? Que dira le divin " Homère d'un si mauvais choix?

" Corneille se sentant offensé de ce discours et de la " louange que Ronsard donnait à Homère, l'ennemi " capital des Modernes: — Je ne mérite pas donc, à •' ton avis, le Géné.ralat, que ces Messieurs m'ont dé- " féré ? dit-il. — Non, sans doute, répondit Ronsard.

" Alors Corneille, levant le bras :

" — Ton insolence, " Téméraire vieillard, aura sa récompense !

" dit-il à Ronsard, en lui donnant un grand soufflet qui " le jeta à ses pieds. Ce coup d'autorité fit un fort " bon effet. Tous les poètes dramatiques approuvè- " rent la vigueur que Corneille avait témoignée en " cette occasion. Il n'y eut que les Poètes Epiques, " qui en murmurèrent entre leurs dents ; mais comme

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