Sa/. VIII. — 2. Œuv. W Édit., t. II, p. 9. — Mém. amcd
" Aussitôt il vous quitte; et content de sa muse, " S'en va chercher ailleurs quelque fat qu'il abuse. " Car souvent il en trouve. Ainsi qu'en sots auteurs, " Notre siècle est fertile en sots admirateurs.
En ce siècle-là, qui pourtant est le grand siècle, La Bruyère écrivait : "Les sots admirent quelquefois, *' mais ce sont des sots ('). " Molière, en ce siècle-là, faisait se pâmer d'aise les Philaminte, les Armande et les Bélise, tandis que Trissotin leur lisait
" Ces vers que mot à mot il est besoin qu'on pèse ! "
C'était des sottes admirant un sot. Et cette sottise des demi-beaux-esprits est la pire de toutes, au jugement du même Molière ; car
" Un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant."
Ce siècle, comme Boileau l'affirme, était-il aussi ''fertile en sots auteurs?'' Oui, certes, il l'était. Leurs noms, plusieurs du moins, nous sont connus par la liste que Boileau en a dressée. Il ne les y a pas tous inscrits. Que de sots livres éclos autour de \ Histoire Universelle, comme les champignons au pied des chênes ! Que de sottes et stupides poésies accumulées 'malgré le fouet des Satires ! Que de sots auteurs enfin coudoyaient dans la rue, dans les antichambres, chez les libraires, les dix ou douze écrivains de génie qui ont fait et qui sont le siècle de Louis XIV !
Or l'un de ceux que Boileau range dans cette triste galerie des sots, un de ceux qu'il met dos à dos avec Pradon, Bonnecorse se plaint à son tour de ce que son époque est scandaleusement encombrée par les barbouilleurs de papier, par les rimeurs de Halle :