‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 36 sur 255 · XI. — Les amis de l'Art Poétique au XYIP siècle · texte numérisé non relu

XI. — Les amis de l'Art Poétique au XYIP siècle

E Journal de Trévoux (1703), tout en condamnant les fréquents emprunts de Boileau chez Horace, constate le succès de Y Art Poétique, " qui, dit-il, a fait tant " d'honneur " à M. Despréaux. Ce poème fut un événement ; les clameurs mêmes du bas Parnasse en sont un témoignage. En regard des récriminations malveillantes, s'élevèrent les éloges à outrance, les panégyriques raisonnables, les appréciations sincères de l'amitié et du bon sens.

La première louange, en quelque sorte officielle, décernée par un homme de lettres à Y Art Poétique, après sa publication, est probablement celle que Fénelon glisse en son premier Dialogue sur l'Eloquence (').

" B. Vous me faites souvenir que j'ai lu cette der- " nière règle dans Y Art Poétique de M. Boileau.

" A. Vous avez raison ; c'est un homme qui connaît " bien, non seulement le fond de la poésie, mais encore *' le but solide auquel la philosophie, supérieure à tous " les arts, doit conduire le poète.

Ainsi Fénelon, qui devait tant médire de la poésie française, nous a vraisemblablement légué par écrit le

1. Il est fort difficile d'assigner une date précise à ce billet. D'après Berriat Saint-Prix, Brienne était "ennemi" de Boileau, avant 1674. D'autre part, il fut enfermé comme fou, vers 1673. Était-il réellement fou quand il annota VArt Poétique? Boileau dit à Brossette (9 avril 1702) que Brienne "était déjà fou", quand lui, Boileau, n'avait que 19 ans.

2. J'admets ici l'hypothèse que les Dialogues sur F Eloquence sont une œuvre de jeunesse de Fénelon. — - Il répète, dans sa Lettre à P Acade'tnie, qu'il " admire les ouvrages de ce grand poète. " Chap. V.

premier éloge autorisé de 1'^;^ Poétique. Avec ce document, l'un des plus anciens actes officiels en faveur de l'œuvre de Boileau est une page de la docte " mosaïque (') ", publiée en 1685, par Baillet. Baillet. confrère de Boileau en Jansénisme, admirateur fort modéré de la gent poétique de France, prodigue de très banals applaudissements à cette législation austère: " On peut dire de cet ouvrage le contraire de celui du " P. Le Bossu ; et que, comme nous n'avons encore eu " personne qui ait mieux connu que M. Despréaux le " génie de la Poésie moderne, et qui par conséquent '" ait pu mieux découvrir les bonnes et les mauvaises " qualités des poètes de ces derniers siècles, personne " n'a pu mieux réussir que lui à nous donner les règles *' d'un nouvel Art Poétique.

Baillet s'exprime de la sorte en un de ses in-folios plein d'invectives contre les partisans du paganisme littéraire. Baillet a tout l'air de ne s'être pas même aperçu que Boileau, dans son Art Poétique, s'est fait le coryphée et le champion des " fabuleux chrétiens". Baillet avait-il lu bien attentivement le poème dont il célèbre les mérites ? J'en doute un peu ; il avait tant d'autres volumes à lire. Le grave compilateur continue de balancer devant M. Despréaux la fumée de ses phrases : " Cet ouvrage ne laisse pas d'être formé sur " le 2:oût des anciens... D'un autre côté, il est aisé de " remarquer par cet Art Poétique, que ces derniers " venus n'ont peut-être eu guères moins d'esprit que ** les Anciens...

" Au reste l'habileté, la délicatesse et la solidité de " jugement n'éclatent pas moins dans cet ouvrage, que " dans les autres qui nous sont venus du même auteur;

I. La Monnoie définit les Jugements des Savants " un tissu à la mosaïque ".

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