‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 37 sur 255 · L'ABT POÉTIQUE · texte numérisé non relu

L'ABT POÉTIQUE

" quoiqu'il semble que M. Desmarets et M, Pradon " aient voulu rapporter toutes ces bonnes qualités à " Horace, à Scaliger, à Vida, et aux autres auteurs " que M. Despréaux a suivis dans cet ouvrage ('). "

Quels sont ces " autres auteurs " ? Si Despréaux ouvrit jamais les in-folios de Baillet, il dut être très médiocrement flatté de l'intérêt que l'érudit lui marque en ces lignes. Cette page prouve du moins que Baillet connaissait tout autant les pamphlets de Pradon ou de Desmarets que la pièce dont il parle. Je l'excuse, en admettant à sa décharge que le bibliothécaire de M. de Lamoignon a simplement consigné en ses lourdes périodes, ce qu'il avait oui dire en bon lieu. L'un des plus ingénieux compliments adressés à la Poétique de Boileau par un habile de ce temps-là, est une fiction imaginée par le diplomate et académicien François de Callières. A la fin de son Histoire PoétiqiLe de la guej^re à&s Anciens et des Modernes, le spirituel gentilhomme dicte des oracles par la bouche d'Apollon. Voici le xiv^ de ces oracles : Apollon " ordonne que ' Despréaux soit appelé l'Horace des Français et ' Horace le Despréaux des Latins ; que V Art ' Poétique du Poète français sera lu, relu et appris ' par cœur de tous les poètes nés et à naître ; sur peine ' d'être déclarés indignes de cette qualité (^). "

M. de Callières rédigeait ainsi les volontés du dieu parnassien, en 1688, tandis que les débats des Anciens et des Modernes reprenaient avec une nouvelle fureur. Comme pour obéir à son édit, ce fut vers cette date que les enfants (futurs poètes ou non) commencèrent d'étudier le code de Boileau. En J 787, Marmontel

\. Jugements des Savaiits^ t. III, p. 320, édit. de La Monnoie. 2. Histoire poétique de la Guerre nouvellement déclarée entre les Anciens et les Modernes^ Paris, 1688, p. 284.

PROLEGOMENES. 53

disait : " Son Art Poétique (celui de Boileau) est * depuis un siècle entre les mains des enfants ('). "

Cinq ans après M. de Callières, La Bruyère prédisait, par devant l'Académie, que les vers de Boileau seraient " lus encore, quand la langue aura vieilli " et qu'ils en seraient '* les derniers débris (-) ".

La Motte-Houdart célébrait en vers mythologiques les enseignements de Despréaux, ratifiés, disait La Motte, d'un bout à l'autre par Phébus :

" Il (Despréaux) connaît, critique équitable,

" Quel est l'ornement convenable

" Que chaque auteur doit employer;

" Et toi-même, fils de Latone,

" Dans les préceptes qu'il nous donne,

" Tu ne trouves rien à rayer (3). "

Avec l'hommage retentissant des injures, avec les approbations discrètes du bon goût, Y Art Poétique, recueillit, presque en naissant, une autre sorte de gloire.

On le citait partout. Les ouvrages de littérature, d'érudition, de polémique, y puisaient des ornements ou des preuves. Baillet(i685) en extrayait des tirades, pour remplir les colonnes de ses Jugements; Callières, (1688) en agrémentait les péripéties de sa Guerre joyeuse; le P. Mourgues {1684) appuyait son traité de versification sur ces lois rimées ; un peu plus tard l'Eibbé Genest en garnit ses Traités de poésie champêtre; le P. Bouhours {1687) lui emprunte quelque trait pour sa Manière de bien pejtser ; Racine, écrivant de Belgique à Auteuil, pendant le fameux siège de Namur (1692), insinue entre les lignes un souvenir de la Poétique; M. de Vaumorière (1696) l'introduit dans son

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