Discours de réception à l'Acad., 15 juin
3. Odes de M. de La Motte, avec un discours stcr la poésie etc. 4*= édit., 1. 1, p. 8. — Le Censeur du Parnasse.
Traité des Harangues ; Vigneul-Marville (1699) le transcrit dans ses Mélanges, etc. et Madame Dacier dans sa Préface de X Iliade — Bref, des livres littéraires de toute catégorie, imprimés à la fin du xvii^ siècle, mentionnent XArt Poéliçue avec honneur. Les poètes comme Regnard, Gâcon, l'abbé de Villiers, le P. du Cerceau, Hamilton, etc.. y glanent des expressions, des allusions, des rimes. Boileau lui-même se cite, comme il ferait d'un auteur du temps jadis ; il renvoie à tel ou tel passage, soit ses correspondants épistolaires, soit les lecteurs de ses Réflexio7is ; de quoi Perrault s'empresse de lui faire un crime. Répondant au Discours stir T Ode, où Boileau se fonde sur ses propres règles, Perrault plaisante ainsi Boileau :
" Vous dites que je ne suis pas fort convaincu du " précepte qu'on a avancé dans XArt Poétique, à " propos de l'Ode ; et ensuite vous citez ces deux vers " de votre façon :
" Son style impétueux souvent marche au hasard ; " Chez elle un beau désordre est un effet de l'art.
" Ne VOUS apercevez-vous point, Monsieur, des " airs que vous vous donnez, en supposant que tout " le monde doit avoir devant les yeux votre Art " Poétique, que vous appelez absolument et comme " par excellence XArt Poétique ; et ne voyez-vous " point qu'il n'est pas de l'exacte modestie de se citer " soi-même (') ?"
Sans doute ; mais Boileau n'ignorait point son mérite, ni l'autorité dont son Art jouissait déjà en France et ailleurs ; ne pouvait-il pas répliquer hardiment comme le grand Corneille à ses détracteurs : " Je sais ce que je vaux et crois ce qu'on m'en dit ? "
I . Lettre de M. Perrault à M. Despréaux, en réponse au Discours sur l'Ode. Edit. Saint-Marc, t. II, p. 318.
X. — L'Art Poétique au XVIII^ siècle. — Admirateurs. — Détracteurs.
" Jamais en plus beaux vers la raison n'a parlé. "
(COLLIN d'HARLEVILLE.)
" Boileau copie ; on dirait qu'il " invente. "
(Marmontel.)
E serait une étude instructive, de suivre VAr^ Poétique par delà les frontières du Grand Siècle, et de marquer, d'étape en étape, les suffrages ou les mépris dont on l'honora. Le travail serait long ; bornons-nous à quelques notes.
En sortant des presses de Thierry, XArt Poétique fut salué par des bravos et par des huées. Même accueil lui a été fait depuis, d'âge en âge ; toujours et au même temps on le loua, on le siffla. D'une part, on le commenta respectueusement, on l'apprit par cœur, on le mit aux mains des écoliers comme livre classique ; d'autre part, on s'en moqua, on regimba contre ses statuts ; on y chercha matière à chicanes, ou même on le traita d'ouvrage de rebut. Il est à la fois au sommet du Capitole et au bas de la roche Tarpéïenne. C'est là, en deux mots, son histoire depuis 1674, jusqu'à l'heure où j'écris ces lignes.
Dès le commencement du xviii^ siècle, XArt Poétique faisait loi chez les meilleurs esprits, presque tous d'ailleurs fort routiniers. Boileau était reconnu, en toute langue, maître et docteur de poésie. Sur les rives de la Seine, Rollin proclamait Boileau, en strophes latines, l'ornement et l'arbitre du Pinde français :
" Gallici decus arbiterque Pitidi. " Hamilton le nommait :
'• Des ouvrages d'esprit arbitre souverain (') ", qualification dont Boileau ne se montrait nullement affligé, comme il appert par sa réponse du 8 février
Aux bords de la Tamise, en 1709, Pope, le Boileau de l'Angleterre, reconnaissait cette souveraineté de l'autre Boileau en France :
" Thence (^) Arts o'er ail the northen world advance ; " But critic-learning flourished most in France ; " The rules a nation, born to serve (!), obeys ; " x\nd Boileau stile in right of Horace sways (->). "
Aux bords du Tage, on traduisait VA 7^^ Poétiqtie dans la langue sonore des fils de Lusus (5).
Pendant les premières années de ce même siècle, Claude Brossette de Rapetour, avocat et académicien de Lyon, préparait, à la suite de longues conférences avec le solitaire d'Auteuil, son précieux commentaire. A force de jambons, de fromage et de louanges réitérées, il obtenait de Boileau des " éclaircissements'' sur chacun de ses vers, et il les consignait en ces notes très laudatives, mais si riches de renseignements.
L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres entendait le panégyrique pompeux du poème et de son auteur, prononcé par M. de Boze: ''VI Art Poétique " succéda aux neuf Satires ; et il était juste qu'après " avoir fait sentir le ridicule ou le faux de tant d'ou- " vrages, ]\L Despréaux donnât des règles, pour éviter " l'un et l'autre, et pour porter la poésie à ce point de " perfection qui la fait appeler le langage des dieux. Il " ne suffisait pas pour cela de renouveler les préceptes