I. Nouv. Rem.^ etc., p
l'art K>ÉT1QUE. — 111 14
sur le modèle du Louvre et de Versailles ; son Agamemnon ressemble beaucoup plus à Sa Majesté le roi de France et de Navarre, qu*au roi de Mycènes. La M»se de Sévigné trouvait dans Bajazet non point des Turcs de Stamboul, mais de vrais gentilshommes d'antichambre; et Corneille disait à Segrais que Racine habillait ses mécréants à la française (').
Si donc Boileau avait prétende blâmer son bien- j aimé Racine, il n*eût pas mieux dit, et n'eût pas dit ! autre chose. Mais sans doute aucun, le désir de \ Despréaux était sincère, comme son amitié et sonadmi- \ ration. Il croyait et affirmait que Racine ** seul de tant | ".d'esprits ", *' de Corneille vieilli " savait *' consoler ; ** Paris " et la France. C'est Boileau qui avait conseillé ! à Racine de choisir des héros grecs, par la raison que Corneille avait un peu usé les héros de Rome ("). Et probablement les personnages attiques et les vers si 1 français de son ami valaient bien pour Despréaux les \ demi-dieux romains et la langue parfois un peu rude j du vieil Horace,
Le Bolœana soutient que le législateur mettait sur le même rang nos deux tragiques: ** M. Despréaux ** n'a jamais prétendu préférer Racine à Corneille. Il " tenait entre eux la balance égale, jugeant de leurs '* vers à peu près comme Juvénal a jugé de ceux ** d'Homère et de Virgile :
"... Dubiam facientia camiina palmam (3). "
1. " Étant une fois près de Corneille sur le théâtre, à une représenta- " tion de Bajazet^ il me dit : Je me garderais bien de le dire à d'autres " que vous, parce qu'on dirait que j'en parlerais par jalousie ; mais " prenez-y garde; il n'y a pas un seul personnage dans le Bajazet^ qui " ait les sentiments qu'il doit avoir, et que l'on a à Constantinople. Ils ! " ont tous sous un habit turc, le sentiment qu'on a au milieu de la } " France. Il avait raison." {Mém. Anecd. — Œuv.^ t. II, p. 43.) '
2. V. Corresp. de BoiL et de Bross.^ etc., app., p. 520. — 3. Bol., CVII. I
Louis Racine parle comme Monchesnay : ** Il (Boi- ** leau) savait rendre justice à l'un et à lautre ; il les '* admirait tous deux, sans décider sur la préfé- ** rence ('). "
Tout cela est-il bien exact ? Boileau ne laisse-t-îl pas percer sa préférence, par exemple, en cette page transparente, où il refait, après La Bruyère, le parallèle des deux princes de la scène : ** Corneille est celui de ** tous nos poètes, qui a fait le plus d*éclat en notre *' temps ; et on ne croyait pas qu'il pût jamais y avoir ** en France un poète digne de lui être égalé. Il n'y en ** a point en effet qui ait eu plus d'élévation de génie, ** ni qui ait plus composé. Tout son mérite pourtant, à '* l'heure qu'il est (1693), ayant été mis par le temps *' comme dans un creuset, se réduit à huit ou neuf *' pièces de théâtre, et qui sont, s'il faut ainsi parler, ** comme le midi de sa poésie, dont l'orient et l'occident ** n'ont rien valu (*). Encore, dans ce petit nombre de " bonnes pièces, outre les fautes de langue qui y sont ** assez fréquentes, oncommence à s'apercevoir de beau- ** coup d'endroits de déclamation, qu'on n'y voyait ** point autrefois. Ainsi non seulement on ne trouve " point mauvais qu'on lui compare aujourd'hui M. ** Racine (^), mais il se trouve même quantité de ** personnes qui le lui préfèrent. La postérité jugera ** qui vaut le mieux des deux ; car je suis persuadé que ** les écrits de l'un et de l'autre passeront aux siècles ** suivants (^). " — Lorsque Boileau, en 1700, reçut la visite d'Addison, il se permit une charge à fond de
T. M/m, etc., î'*^ p.
2. Il est clair, d'après cette phrase, que Boileau rejetait absolument l'opinion qui n'admet point de déclin au gdnie de Corneille.
^. Racine venait de faire Athalie^ son chef-d'œuvre, au jugement de Boileau.