FJN DU TOME TROISIÈME ET DERNIER
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^IS PAR BOILEAU, avec les notes de l'auteur.
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C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur Pense de l'art des vers atteindre la hauteur : S'il ne sent point du ciel l'influence secrète, Si son astre en naissant ne l'a formé poète, Dans son génie étroit il est toujours captif : Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif.
O vous donc qui, brûlant d'une ardeur périlleuse. Courez du bel esprit la carrière épineuse, N'allez pas sur des vers sans fruit vous consumer, Ni prendre pour génie un amour de rimer :
Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces, Et consultez longtemps votre esprit et vos forces.
La nature, fertile en esprits excellens, Sait entre les auteurs partager les talens :
L'un peut tracer en vers ime amoureuse flamme ; L'autre d'un trait plaisant aiguiser l'épigramme ; Malherbe d'un héros peut vanter les exploits ; Racan, chanter Philis, les bergers et les bois : Mais souvent un esprit qui se flatte et qui s'aime Méconnaît son génie, et s'ignore soi-même.
Ainsi tel (*) autrefois qu'on vit avec Faret (') Charbonner de ses vers les murs d'un cabaret, S'en va, mal à propos, d'une voix insolente.
Chanter du peuple hébreu la fuite triomphante, Et, poursuivant Moïse au travers des déserts, Court avec Pharaon se noyer dans les mers.
T. Saint-Amand, auteur de Moïse sam'é.
a. Faret, auteur du livre intitulé V Hontu'U homme, et ami de Saint-Amand.
ART I»OKTIQUR. — III.
^^^t;>jut »*jjc*. qu'oD tniie, on plaisant, en soblime, ^^ue toujours le boa &ens t'accorde avec la rime : L'ub l'auuc vainement ils semblent se haïr :
La rime est une esclave, et ne doit qu*obcir. Lortqu a la bien chercher d'abord on s'évertue, L Ciiftit à la trouver aisément s'habitue ; Au jcmg de la raison sans peine elle fléchit. Et, loin de la gêner, la sert et l'enrichit.
Mais lorsqu'^^ la n^ige, elle devient rebelle. Et pour la rattraper le sens court après elle. Aimez d^^nc la raison : que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.
La plupart, emportés d'une fougue insensée.
Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée: Ils croiraient s'al>aisser, dans leurs vers monstrueux. S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux. Évitons ces excès: laissons à l'Italie De tous ces faux brillans l'éclatante folie.
Tout doit tendre au h<jn sens: mais, pour y parvenir, Le chemin est glissant et pénible à tenir ; Pour peu qu'on s'en écarte, aussitôt l'on se noie. La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie.
Un auteur quelquefois trop plein de son objet Jamais sans l'épuiser n'abandonne un sujet.
S'il rencontre un palais, il m'en dépeint la face ; Il me promène après de terrasse en terrasse ; Ici s'offre un perron ; là règne un corridor. Là ce balcon s'enferme en un balustre d'or.
Il com))te des plafonds les ronds et les ovales : € Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales (*).> Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin, Kt je me sauve à peine au travers du jardin.
Fuyez de ces auteurs l'abondance stérile, Et ne vous chargez point d'un détail inutile. Tout ce qu'on dit de trop est fade et rebutant ; L'esprit rassasié le rejette à l'instant.
Qui ne sait se lK>rner ne sut jamais écrire.
Souvent la )>our d'un mal nous conduit dans un pire.