‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 132 sur 153 · I. Fameux graveur · texte numérisé non relu

I. Fameux graveur

Il n'est point de serpent ni de monstre odieux, Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux : D*un pinceau délicat l'artifice agréable Du plus afhrenx objet fsdi un objet aimable.

Ainsi, pour nous charmer, la Tragédie en pleurs D'Œdipe tout sanglant fit parler les douleurs ('), D'Oreste parricide exprima les alarmes.

Et, pour nous divertir, nous arracha des larmes.

Vous donc, qui d'un beau feu pour le théâtre épris, Venez en vers pompeux y disputer le prix, Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages Oh tout Paris en foule apporte ses suffrages, Et qui, toujours plus beaux, plus ils sont regardés Soient au bout de vingt ans encor redemandés ? Que dans tous vos discours la passion émue Aille chercher le cœur, l'échaufTe et le remue. Si d'un beau mouvement l'agréable fureur Souvent ne nous remplit d'une douce € terreur >, Ou n*excite en notre âme une < pitié > charmante, En vain vous étalez une scène savante :

Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir Un spectateur toujours paresseux d'applaudir. Et qui, des vains efforts de votre rhétorique Justement fatigué, s'endort, ou vous critique. Le secret est d'abord de plaire et de toucher : Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.

Que dès les premiers vers l'action préparée Sans peine du sujet aplanisse l'entrée.

Je me ris d'un acteur qui, lent à s'exprimer. De ce qu'il veut, d'abord ne sait pas m'informer. Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue. D'un divertissement me fait une fatigue.

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