‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 134 sur 153 · I. Hérof de la Cliopàtrt de la CalprenèdeX · texte numérisé non relu

I. Hérof de la Cliopàtrt de la CalprenèdeX

Ni sans raison décrire en quel affreux pays, < Par sept bouches TEuxin reçoit le Tanaïs (0* > Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles Sont d'un déclamateur amoureux des paroles.

Il faut dans la douleur que vous vous abaissiez; Pour me tirer des pleurs, il faut que vous pleuriez. Ces grands mots dont alors l'acteur emplit sa bouche Ne partent point d'un cœur que sa misère touche.

Le théâtre, fertile en censeurs pointilleux, Chez nous pour se produire est un champ périlleux. Un auteur n'y fait pas de faciles conquêtes ; I^ trouve à le sifHer des bouches toujours prêtes. Chacun le peut traiter de fat et d'ignorant ; C'est un droit qu'à la porte on achète en entrant. Il faut qu'en cent façons, pour plaire, il se replie ; Que tantôt il s'élève, et tantôt s'humilie ; Qu'en nobles sentiments il soit partout fécond ; Qu'il soit aisé, solide, agréable, profond ; Que de traits surprenants sans cesse il nous réveille ; Qu'il coure dans ses vers de merveille en merveille ; Et que tout ce qu'il dit, facile à retenir, De son ouvrage en nous laisse un long souvenir. Ainsi la Tragédie agit, marche, et s'explique.

D'un air plus grand encor la poésie épique, Dans le vaste récit d'une longue action, Se soutient par la fable, et vit de fiction.

Là pour nous enchanter tout est mis en usage ; Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage. Chaque vertu devient une divinité :

Minerve est la prudence, et Vénus la beauté.

Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre. C'est Jupiter armé pour effrayer la terre ; Un orage terrible aux yeux des matelots.

C'est Neptune en courroux qui gourmande les flots ; Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse. C'est une nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse. Ainsi, dans cet amas de nobles fictions.

Le poète s'égaye en mille inventions.

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