A/an'c, poème de Scudéri
CHANT m. 21
Bientôt vous la verrez, prodiguant les miracles, Du destin des Latins prononcer les oracles, De Styx et d'Âchéron peindre les noirs torrens, Et déjà les Césars dans TÉlysée errans.
De figures sans nombre égayez votre ouvrage ; Que tout y fasse aux yeux une riante image :
On peut être à la fois et pompeux et plaisant ; Et je hais un sublime ennuyeux et pesant ; J*aime mieux Âriosteet ses fables comiques.
Que ces auteurs toujours froids et mélancoliques. Qui dans leur sombre humeur se croiraient faire affront Si les Grâces jamais leur déridaient le front.
On dirait que pour plaire, instruit par la nature, Homère ait à Venus dérobé sa ceinture (').
Son livre est d'agrémens un fertile trésor:
Tout ce qu*il a touché se convertit en or.
Tout reçoit dans ses mains une nouvelle grâce ; Partout il divertit et jamais il ne lasse.
Une heureuse chaleur anime ses discours :
Il ne s*égare point en de trop longs détours. Sans garder dans ses vers un ordre méthodique, Son sujet de soi-même et s'arrange et s'explique ; Tout, sans faire d'apprêts, s'y prépare aisément ; Chaque vers, chaque mot court à l'événement.
Aimez donc ses écrits, mais d'un amour sincère ; C'est avoir profité que de savoir s'y plaire.
Un poème excellent, où tout marche et se suit, N'est pas de ces travaux qu'un caprice produit : Il veut du temps, des soins ; et ce pénible ouvrage Jamais d'un écolier ne fut l'apprentissage.
Mais souvent parmi nous un poète sans art.
Qu'un beau feu. quelquefois échauffa par hasard. Enflant d'un vain orgueil son esprit chimérique. Fièrement prend en main la trompette héroïque : Sa muse déréglée, en ses vers vagabonds.
Ne s'élève jamais que par sauts et par bonds :