Iliade, L. XIV
Et son feu dépourvu de sens et de lecture, S'éteint à chaque pas faute de nourriture.
Mais en vain le public, prompt à le mépriser, De son mérite faux le veut désabuser ; Lui-même, applaudissant à son maigre génie.
Se donne par ses mains l'encens qu'on lui dénie : Virgile, au prix de lui, n'a point d'invention ; Homère n'entend point lanoble fiction ; Si contre cet arrêt le siècle se rebelle, A la postérité d'abord il en appelle.
Mais attendant qu'ici le bon sens de retour Ramène triomphans ses ouvrages au jour, Leur tas, au magasin, cachés à la lumière, Combattent tristement les vers et la poussière. Laissons-les donc entre eux s'escrimer en repos, Et, sans nous égarer, suivons notre propos.
Des succès fortunés du spectacle tragique Dans Athènes naquit la comédie antique.
Là le Grec, né moqueur, par mille jeux plaisans Distilla le venin de ses traits médisans.
Aux accès insolens d'une bouffonne joie, La sagesse, l'esprit, l'honneur furent en proie. On vit par le public un poète avoué S'enrichir aux dépens du mérite joué ; Et Socrate par lui, dans € un chœur de Nuées (*), D'un vil amas de peuple attirer les huées. > Enfin de la licence on arrêta le cours ; Le magistrat, des lois emprunta le secours.
Et, rendant par édit les poètes plus sages.
Défendit de marquer les noms et les visages.
Le théâtre perdit son antique fureur ; La comédie apprit à rire sans aigreur.
Sans fiel et sans venin sut instruire et reprendre, Et plut innocemment dans les vers de Ménandre. Chacun, peint avec art dans ce nouveau miroir. S'y vit avec plaisir, ou crut ne s'y point voir : L'avare, des premiers, rit du tableau fidèle D'un avare souvent tracé sur son modèle ;