‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 24 sur 153 · Lettre XXXIV. — 3. Méfiag. Éd. de 1693, p. 339 et · texte numérisé non relu

Lettre XXXIV. — 3. Méfiag. Éd. de 1693, p. 339 et

Le bon La Fontaine insérait parmi les joyeuses histoires de ses bêtes, celle des docteurs Tant-pis et Tant-mieux. Chose assez curieuse, même dans le corps de la Faculté, on riait de la Faculté. Procope. le médecin Procope, s'en moqua, en vers ; mais il était bien jeune encore. ** J'étais malade, raconte-t-ii; la ** Mort, chemin faisant, passa chez moi.

— " Arrête, m'écriai-je 1 arrête, ô mort cruelle ; " Je suis de ton empire un apprentif soutien ; " A me perdre si tôt il y va trop du tien :

" Je suis un médecin. — Toi, médecin ! dit-elle.

— " Oui, dis-je, et de Paris. — Le pays n'y fait rien.

** Tu t'appelles ? — Procope. — 11 ne me souvient guères

** D'avoir ouï nommer ce nom là- bas !

" Et pourquoi, s'il est vrai, ne te connais-je pas,

" Comme je fais tous tes confrères ?

" A l'envi, chaque jour, ils peuplent mes États : " Mais de toi rien ne vient. — Le moyen ! réplîquai-je ; " Je suis si jeune; à peine ai-je atteint vingt-cinq ans ; (') " Je n'ai pas encore eu le temps " De jouir de mon privilège.

" Jusques ici par moi peu se sont fait soigner ; " Et les premiers, j'ai cru devoir les épargner, " Pour attirer la confiance :

" Mais à présent la pratique commence.

" Vous entendrez dans peu parler de moi. "

En écoutant de si belles promesses, la terrible voyageuse se laisse attendrir. Procope jure de racheter sa vie au prix de mille autres existences. La Mort accepte le marché, et recommande à ce médecin apprenti d'employer surtout la saignée :

" Surtout saigne beaucoup ; c'est la plus courte voie. "

Et Ton se quitte dans les meilleurs termes ; le jeune Docteur fera son devoir (').

I. Donc cette pièce fut composée en 1708 ou 1709, à l'époque où Procope, à rage de 24 à 25 ans, fut reçu docteur. 2. Nouv, ch, de pièces^ etc., p. 88-90.

La Bruyère avait entendu son siècle rire de la médecine, et Tavait vu malgré cela enrichir les médecins. Il le raconte, et prophétise à coup sûr, qu'il en sera toujours ainsi. Sa note est une de ses plus fines malices : **I1 y a déjà longtemps que l'on împrouve les ** Médecins, et que Ton s'en sert. Le théâtre et la ** satire ne touchent point à leurs pensions ; ils dotent ** leurs filles, placent leurs fils aux Parlements et dans * la prélature ; et les railleurs fournissent Targent. ** Ceux qui se portent bien deviennent malades ; il ** leur faut des gens dont le métier soit de les assurer '* qu'ils ne mourront point. Tant que les hommes ** pourront mourir, et qu'ils aimeront à vivre, le Mé- ** decin sera raillé et bien payé ('). "

Cela durera quelque temps encore.

'* Lui seul y fit longtemps la publique misère ; *' Là, le (Us orphelin lui redemande un père ; *' Ici, le frère pleure un frère empoisonné.

** L'un meurt vide de sang, l'autre plein de séné.

" Some bloodless dy'd, and some by opium slept. "

(Dryden )

La saignée et la purgation, c'était alors presque tout l'art de guérir, en France :

" Clysterium donare,

** Postea saignare,

" Ensuita purgare ('). "

Les malades, suivant Molière et Despréaux, devaient ** être conduits en l'autre monde, suffisam- *' ment purgés et évacués (3). " Cyrano avait déjà représenté les Médecins *' tout occupés à saigner, à ** clystériser, à noyer le pauvre estomac dans le séné, ** la casse, la tisane (^). "

I. Ch. XIV. - 2. Mal. ima^, — 3. Boil. Arrêt burlesque, — 4. Lettre

Le séné partageait avec la rhubarbe et la casse les préférences de la Faculté, dont les membres étaient, au témoignage de Molière :

" Grandes doctores docirtnœ " De la rhubarbe et du séné, "

Régnier- Desmarais, Secrétaire perpétuel de l'Académie Française, dit que, au xvii^ siècle,

" L'Europe, l'Afrique et l'Asie, " Pour un homme une fois tourné " Vers Messieurs de la Pharmacie, " Ont à peine, à sa fantaisie, " Assez de casse et dé séné ('). "

Le fameux Docteur Guy Patin, Tennemi déclaré de toutes drogues et plantes de provenance exotique, faisait une exception en faveur de celles-là. Voici à ce propos une note intéressante de Vigneul-Marville : ** Excepté la casse, le séné, la rhubarbe et la man- ** ne ('), il (Guy Patin) regardait toutes les autres '* drogues étrangères comme pernicieuses;et il exigeait *' que nos botanistes s'appliquassent avec soin à la *' connaissance des plantes qui croissent aux environs ** de Paris. Qui peut croire en effet que les herbes des *' Indesétaient faites pour les habitants du Septentrion ** ou du Couchant?... J*ai ouï dire souvent à M. Tour- '* nefort qu'il avait trouvé dans le seul bois de Bou- ** logne plus de deux mille simples, qu on ne soup- '' çonnait pas y être {^). *'

Guy Patin dit dans une de ses lettres qu'un méde-

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