‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 36 sur 153 · Caract. ch. I · texte numérisé non relu

Caract. ch. I

4. La Fontaine, (et Port-Royal) Recueil de Poésies^ etc., 167 1, 1. 1, préface.

" Contre eux, dans le Palais, les Bouticjues murmurent ; " Et les ais, chez Billaine, à regret les endurent (*). "

Cétaitune répétition banale, et la grammaire murmurait de voir ** ses écrits'' s*accorder avec ** de médiocre ** auteur y Desmarets déclara que Tîdée de Boileau était trop délayée : ** Horace dit tout cela en un vers et demi ** magnifiquement (^). " Pradon aperçut une négligence dans la répétition de ** médiocre '* aux vers 32 et 33 : *' Voilà bien du médiocre, et des vers bien médiocres, ** puisque médiocre y a. Ce ne sont point les vers qui ne ** souffrent pas de médiocre auteur ; maïs le public qui ** ne souffre point de vers médiocres, ni de médiocres *' auteurs {^\ " Pradon le savait de reste.

Boileau se corrigea. Il remplaça ces quatre vers par ceux que l'on va lire. Le changement fut heureux pour la gloire de Despréaux ; mais fatal aux huit pauvres auteurs qui s*en allèrent ainsi de compagnie à la postérité. Ils doivent en partie ce fâcheux privilège à la critiquede Pradon (*).

" Qui dit froid écrivain, dit détestable auteur.

Alceste et Molière sont aussi d*avis ** qu'un froid ** écrit assomme (^). " Boileau annonçait, au mois de juillet 1700, la traduction du premier chant de Xlliadcy rimé par l'académicien Régnier- Desmarais. On était au beau milieu de Tété, aux environs de la Canicule, et Boileau plaisantait en ces termes à propos de \ Iliade

1. Soame et Dryden, qui se servaient d'une édition antérieure à 1683 traduisirent ces vers, en remplaçant Billaine :

** But poetry no mcdium can admit,

*' No reader suffers an indiffèrent wit,

" The ruin*d stationers against hiin baul,

" And Iferrin^ham dt^rades him from hisstall. "

2. Défense^ etc., p. 102. — 3. N^^' Rem., p. 97. — 4. V. Édit. de S. M., t. II, p. 144. — 5. Misanth.^ Acte II, se. 2.

française : ** Je crois qu'en la mettant dans les seaux, *' pour rafraîchir le vin, elle pourra suppléer au manque ** de glace qu'il y a cette année ('). "

Un autre poète, glacé par les œuvres de ses semblables, leur lançait une Épigramme ainsi conçue :

" Hé quoi ! s'écriait Apollon;

" Voyant le froid dans son Empire,

" Pour échauffer notre vallon,

" Le bois ne saurait donc suffire !

" — Bon, bon ! dît une des Neuf Sœurs,

" Condamnez vite à la brûlure

" Tous les vers des méchants auteurs ;

" Par là nous ferons feu qui dure ("). "

Le doux Fénelon s'emportait contre les déclamateurs de '' choses froides *' en chaire : ** Rien ne me ** semble si choquant et si absurde, que de voir un ** homme qui se tourmente pour me dire des choses ** froides. Pendant qu'il sue, il me glace le sang {^). "

Boileau redira dans les vers suivants toute l'horreur que lui inspire le style à la glace. Malgré ses affirmations, malgré le soin qu*il prend à échauffer ses rimes, Pradon soutient que la froideur des écrits date des écrits mêmes de Boileau, en particulier du Lutrin :

" ... Ce beau Lutrin, où son esprit s'égare, " Cet enfant monstrueux d*un caprice bizarre, " Oîi, par le style froid dont il fut l'inventeur, ** Il trouve le secret de morfondre un lecteur (^). "

I. 12 juillet 1700. — 2. Nouv. Ch., t. II, p. 237. — 3. Dial. sur PÉloq.^ 2' dial.

4. Le triomphe de Pradon, — Ép, à Alcandre^ p. III. Ce n*est point la chaleur qui distingue le style de Despréaux, semblable en cela, de très loin pourtant, au style de Pradon lui-même. Boileau ne fut pas certes le seul à travailler de temps en temps dans le genre glacé; ce fut trop souvent l'habitude de ses contemporains. Mais aussi les auteurs du XVII* siècle n'avaient pas tous, comme leur confrère, l'abbé Michel de Saint-Martin, le moyen de " s'échauffer l'imagination. " Michel de Saint- Martin s'était fait bâtir " un lit de briques sur un fourneau"; et ce lit

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Boyer est h Pinchêne égal pour le lecteur.

i^ Boyer.

Boileau, en note, définît le pauvre poète albigeoîs : ** auteur médiocre "; et Brossette assure qu'il enten dit son maître répéter de vive voix cette définition. ** M. Despréaux m'a appris les particularités sui- *' vantes : Boyer, de l'Académie française, auteur ** médiocre, etc. (') " Racine, en ses Ëpigrammes, veut que le parterre ait appris à jeter des pommes pendant les Tragédies de Pradon ; à sifiler, pendant VAspar de Fontenelle; à bâiller, pendant les pièces de Boyer. Dans les mêmes Ëpigrammes, Racine fait pleurer un ** bon financier, pour ce pauvre Holopherne, si '* méchamment mis à mort par Vi Judith " de Boyer.

Le 24 juilleti698,il annonçait à son fils Jean- Baptiste

la mort de Boyer, et il ajoutait : " On prétend qu'il

' (Boyer) a fait plus de cinq cent mille vers en sa vie ;

* et je le crois, parce qu'il ne faisait autre chose. Si ' c'était la mode de brûler les morts, comme parmi ' les Ro. nains, on aurait pu lui faire les mêmes funé- ' railles qu'à ce Cassius Parmensis, à qui il ne fallut

* d'autre bûcher que ses propres ouvrages, dont on fit

* un fort beau feu. Le pauvre Boyer est mort fort ' chrétiennement.... Je crois que c'est l'abbé Genest

* qui aura la place de M. Boyer. Il ne fait pas tant de

* vers que lui ; mais il les fait beaucoup meilleurs ('). "

D'où vient que Racine rit avec tant de persistance

* donnait à M. l'abbé le degré de chaleur nécessaire, pour lui échauffer

* l'imagination aussi bien que le corps (*}. " Comment avec pareilles précautions composer froidement ! Cependant les œuvres de ce chaud écrivain n'ont guère la réputation d'enflammer les lecteurs.

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