I. Corresp, etc., app. p
'' grand éclat de rire. " Là-dessus Bergerac rêve un voyage de découvertes en ces pays lointains ('). II attache (comme la gravure de son HistoireX^ fait voir), à sa ceinture et à ses épaules, ** quantité de fioles, ** pleines de rosée ". Le Soleil pompe cette rosée un beau matin, et Cyrano monte vers les astres. Il arrive à la Lune, en passant par le Canada. Il rencontre dans le monde lunaire qui est fait au rebours du nôtre, des êtres fort étranges comme son imagination. Puis il redescend chez les humains ; il met d abord pied à terre en Italie, où les chiens, accoutumés d'aboyer à la Lune, et sentant Fodeur de la Lune dans les habits du voyageur, sont sur le point de le dévorer. Enfin il s embarque pour Marseille, et narre ses aventurée aux vulgaires habitants de notre planète.
A quelque temps de là, Cyrano repartait pour le Soleil, et s'élevait au-dessus de Toulouse, au moyen d'un appareil ** en forme d'icosaèdre**, qu'il avait charpenté, raboté, collé, " huit jours durant" (").
L'audace littéraire de Bergerac se déploie aussi merveilleusement dans ses Letti'cs ; notamment dans celles où il décrit les quatre saisons de l'année ; détachons-en quelques phrases :
\J Hiver. ** Les hommes épouvantés... des prodiges ** de cette effroyable saison, en tirent des présages ** proportionnés à leur crainte. S'il neige, ils s'imagî- ** nent que c'est peut-être au firmament, le chemin '* de lait qui se dissout ; que cette perte fait de rage ** écumer le Ciel ; et que la Terre, tremblant pour ses ** enfants, en blanchit de frayeur. Ils se figurent que ** l'univers est une tarte, que l'hiver, ce grand mons- ** tre, sucre pour l'avaler ; que peut-être la neige est ** l'écume des plantes qui meurent enragées, et que les