‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 65 sur 153 · I. Phars., L. ÎX. — 2. Phats., L. VI · texte numérisé non relu

I. Phars., L. ÎX. — 2. Phats., L. VI

" fait qu'une méchante histoire pleine de fables ab- ** surdes et de fictions mal inventées.

** Lucain voulut encore se retrancher sur l'élévation " de ses pensées, sur ses maximes politiques, et sur le ** tour pompeux de ses vers. Mais ce fut en vain, et ** il fut contraint de lâcher le pied devant le poète ** moderne, qui le ramena battant jusqu'au pied du ** mont Parnasse.

'* Cette défaite de Lucain le rendit si confus, qu'il ** alla se cacher dans les rochers de cette montagne, ** d'où il dépêcha à Brébeuf une aigle, qu'il avait dres- ** sée pour ces sortes de messages, avec des tablettes " qu'il attacha à son col (').

" Auteurs, prêtez l'oreille à mes instructions.

Cette exclamation exaspère Desmarets : ** Voici " comme, après avoir tant fait le fou dans ses Satires, et ** tant parlé contre la raison et contre la sagesse, enfin " il s'érige en sage docteur et crie : Auteurs, etc. (^). " Pradon répète comme un écho : '* Après que mon- ** sieur D*** a fait le fou dans ses Satires, et a tant " parlé contre la sagesse, il s'érige à présent en doc-

" teur ('). "

" Voulez- vous faire aimer vos riches fictions, " Qu'en savantes leçons votre muse fertile

Fictions, leçons; vers léonins.

Muse fertile, Pradon a remarqué que cet adjectif revient fréquemment dans les œuvres de Despréaux ; rencontrant, au vers T"] de la n« Satire l'expression fertile plume, Pradon écrit : ** Fertile plume, fertile

I. Hist, foéi., L. V. 1688, p. 122-126. - 2. La défense, etc., p. 103. — 3. Xouv. Remarques, p. 97.

** veine revient incessamment. On voit que notre auteur ** a peu de moules de vers ('). "

" Partout Joigne au plaisant le solide et l'utile.

Nous avons dans ce vers le secret de la poésie française, haute et classique. Les poètes du grand siècle plaisent par leurs ** savantes, solides et utiles leçons '*. Ils le savent, ils le veulent, ils Tafifirment. Tous, jusqu'au bon fablier visent à instruire et à plaire. La Fontaine dit de ses apologues : ** Ces badineries ne sont telles ** quen apparence; car dans le fond elles portent un ** sens très solide ('). " Et ailleurs :

" En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire ** Et conter pour conter me semble peu d'affaire (^). "

Nos maîtres en poésie exigeaient de leur muse que leur vers dit ** toujours quelque chose ". On ne rêvait pas sur les sommets du Parnasse classique ; on y philosophait. Il ne s agissait point d'exprimer des songes vagues en rimes sonores ; mais d'enchâsser aux deux hémistiches d'un alexandrin clair et coulant, au moins une pensée, souvent une leçon. Boileau n'adressait les instructions de son Art Poétique, ni à des lakistes poitrinaires, ni à des réalistes répugnants ou

1. Le Triomphe de Pradon, p. 56. Cette épithète se retrouve dans X'Art Poétique :

La Nature fertile; (ch. I.) Notre siècle fertile; (ib.) Poème fertile; (ch. il.) Fertiles vendanges; (ch. m.) Amour fertile en sentiments; (ib.) Théâtre fertile; (ib.) Unfertile trésor; (ib.) En fnodèles fertile; (ib.) Discours fertiles; (ib.) Votre muse fertile; Tch. iv.)

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