Préface des Fables. — 3. Fables , Liv. VI, F. i
blasés; mais à des hommes qui croyaient, comme La Bruyère, qu'un livre, même de poésie, pour être un chef-d'œuvre, doit ** élever lesprit et inspirer des sen- ** timents nobles et courageux ('). "
Racine souhaitait que les pièces de théâtre '' fussent ** solides et pleines d'utiles instructions ", comme celles des poètes Grecs ('). La Tragédie, selon lui,, remplirait sa mission et peut-être n'aurait plus que des approbateurs, ** si les auteurs songeaient autant à instruire ** leurs spectateurs qu a les divertir, et s'ils suivaient ** en cela la véritable intention de la Tragédie. " Fénelon condamnait la poésie dramatique si elle ne réunissait pas ces deux qualités : '' Si les Tragédies n ont ** pas pour but ^instruire en donnant du plaisir, je les ** condamnerais (^).
Instruire ^X. divertir, dit Racine; instruire ^X, plaire, dit La Fontaine; instruire, ^n donnant àw plaisir, dit Fénelon; joindre \^ plaisant à \ utile dit Boileau : c'est bien en deux mots toute la théorie littéraire du xvii^ siècle; et voilà pourquoi ce siècle s'appelle grand.
'* Un lecteur sage fuit un vain amusement *' Kt veut mettre à profit son divertissement.
** Un lecteur sage fuit,,. Méchante césure. Les au- " teurs qui liront tant de méchants vers ne prêteront " pas volontiers l'oreille aux instructions d'un tel doc- " teur (♦). *' En cet endroit, Pradon s'arrête, pour rire à gorge déployée. Ce vers lui cause une joie sensible. Pourquoi } Il découvre que Boileau s'y condamne merveilleusement lui-même: ** Quand le lecteur trouve ce
" vers
" Un lecteur sage fuit un vain amusement.
\, Des ouvr, de V Esprit, — 2. Préf. de Phèdre,— 3. Dial, sur VÉloq., dial. I. — 4. Desmarets, Iji déf, etc., p. 104.
ki
** ce lecteur» s'il est sage, fuira en lisant de si méchants ** vers, et fermera son livre, comme un vain et indigne ** amusement ('). "
Laissons rire Pradon. Écoutons la grave parole du Père Rapin, sur le sérieux, ** le solide et l'utile " de la jDoésie ; car il veut, comme Despréaux, qu un livre de vers profite à un lecteur sage: ** La fin principale de la *' poésie est de profiter, non seulement en délassant * l'esprit pour le rendre plus capable de ses fonctions ' ordinaires, et en charmant les chagrins de l'âme par son harmonie et par toutes les grâces de l'expression; — mais bien davantage encore en purifiant les mœurs par les instructions salutaires, quelle fait profession de donner à l'âme... L'intention principale de cet art est donc de rendre agréable ce qui est
** salutaire ('). "
** Que votre âme et vos mœurs, peintes dans vos ouvrages,
Pendant près de 30 ans, ce vers du très correct Despréaux renferma un " orgueilleux solécisme ". Les éditions succédaient aux éditions ; Boileau avait lu sa Poétique par devant des arbitres tels que la M^^e de SévignéetLaRochefoucauld;Patru avait revu cet ouvrage, Brossette en avait fait son étude et ses délices; Pradon, Carel, Desmarets avaient épluché les vers de leur juge et bourreau ; ni les yeux de l'amitié, ni les yeux de la critique, n'avaient dépisté cette hérésie grammaticale. Toutes les éditions portaient :
" Que votre âme et vos mœurs peints dans tous vos ouvrages. "
Un beau jour, en 1703, Brossette eut un scrupule. 11 en fit part à l'auteur, le 14 juin : ** Vous me permet- '* trez encore, écrit-il de Lyon à Auteuil, une observa-
I. Vr2iàox\, Nouv. RemarqueSy\i.^7.— 2, -ff^^'A^, 2* Éd. l675,p. Il et 12.
** tîon sur un autre endroit : c'est sur ce vers de VArl " Poétique :
" Que votre âme et vos mœurs peints dans tous vos ouvrages.
** Ce moi peints est relatif à mœurs et à âme, qui sont " tous deux féminins. J'avoue que la règle demande- •* rait peintes dans vos ouvrages ; mais tout bien ** examiné, il me semble qu'il y a plus d'élégance et de •* force à franchir la règle comme vous avez fait, en ** disant /^/;//^ dans tous vos ouvrages. J'ai consulté ** tous nos amis là-dessus, et j'ai trouvé du partage ** dans les voix : ayez la bonté, Monsieur, de nous fixer " par votre décision (').
Il y avait par trop de complaisance chez Brossette à deviner là di^ Xélégance et de la force. Peut-être aussi, craignait-il de voir sa remarque un peu mal reçue à AuteuiL malgré cet ** admirable "jambon, dont il avait naguère régalé Despréaux ('). Heureusement le solécisme avait été déjà découvert par un professeur de Rhétorique, M. Balthazar Gibert ; et Boileau s'était docilement soumis à la correction de cet honnête homme, au ** crayon sûr ". Il répondit à Brossette, le 3 juillet : ** Je ne sais pas sur quoi se peuvent fonder ** ceux qui veulent conserver le solécisme qui est dans
ce vers
" Que votre âme et vos mœurs peints dans tous vos ouvrages.
** M. Gibert. du collège des Quatre Nations, est le '* premier qui m'a fait apercevoir de cette faute, depuis ** ma dernière édition. Dès qu'il me la montra, j'en ** convins sur-le-champ ; avec d'autant plus de facilité ** qu'il n'y a pour la réformer, qu'à mettre, comme vous •* dites fort bien :
I. Corresp. Édit. Laverdet, p. 146. — 2. V. Lettre du 28 mai 1703.
" Que votre âme et vos mœurs peintes dans vos ouvrages,