Œuv. deRac, G. Écriv. t. IV, p. 258 et suivantes
rudement le pauvre Nicole et le Jansénisme tout ensemble : ** Nous connaissons, dit- il, l'austérité de votre ** morale. Nous ne trouvons point étrange que vous ** damniez les poètes : vous en damnez bien d'autres •* qu'eux (')... Vous pouviez employer des termes plus ** doux que ces mots à^ empoisonneurs publics, et de ^^ gens horribles parmi les chrétiens. Pensez-vous que ** Ton vous en croie sur votre parole ? Non, non, ** Monsieur, on n'est point accoutumé à vous croire ** si légèrement. Il y a vingt ans que vous dites tous les ** jours que les cinq propositions ne sont pas dans Jan- ** sénius; cependant on ne vous croit pas encore ('). "
Dix ans plus tard. Racine déclarait d'un ton plus grave qu'il souhaitait faire du théâtre ** une école de ** vertu ", et semer dans ses pièces d' **utiles instruc- •* tions ". — ** Ce serait peut-être un moyen de récon- ** cilîerlaTragédie avec quantité de personnes célèbres " par leur piété et par leur doctrine, qui l'ont condamnée " dans ces derniers temps. "
Par malheur, ces beaux projets, ou ces beaux rêves. Racine les étalait en tête de sa Tragédie de Phèdre, personnage autrement digne des colères de Nicole que Rodrigue et Chimène,
" L'amour le moins honnête exprime chastement
^' N'excite point en nous de honteux mouvement :
*• Didon a beau gëmir et m'ëtaler ses charmes,
" Je condamne sa faute en partageant ses larmes.
•* Un auteur vertueux, dans ses vers Innocents,
'* Ne corrompt point le cœur en chatouillant les sens ;
" Son feu n'allume point de criminelle flamme.
La théorie de Boileau revient à ceci : Un poète — il s'agit surtout d'un poète dramatique — peut parler de l'amour et en faire un des ressorts du théâtre,
1. Z^//r^ à l'aut. des Hérésies imaginaires et des Visionnait es^ — 2. Ibid,