L'ART PO#.TIQUE
pourvu qu'il le fasse en ** vers innocents ". Boileau, Tintîme ami et confident de Racine réclame, implicitement, en faveur des pièces de Racine. Corneille n'admettait cette passion dans la Tragédie que comme un accessoire. — ** J'ai cru jusques ici, disait-il à Saint ** Évremond, en 1668, que lamour était une passion ** trop chargée de faiblesse, pour être la dominante, " dans une pièce héroïque. " Et il traitait de ** douce- ** reux " les poètes opposés à son opinion. Racine était ** le premier de ces doucereux. Toutefois même dans sa Tragédie la moins recommandable au point de vue moral, Racine entendait demeurer fidèle aux principes versifiés par Despréaux. Il assure qu'il a voulu y mettre la vertu ** en jour " ; il veut même que cette pièce soit " une école de vertu " (').
Resterait à savoir si les vœux de Boileau et de Racine, acceptables in abstracto, peuvent être admis en pratique. Ici tous les grands moralistes, et presque tous les littérateurs du xvii^ siècle, n'ont qu'une voix. Presque tous condamnent le théâtre, précisément à cause des abus et des scandales, et vu l'extrême disette d' ** auteurs vertueux " et de ** vers innocents ".
Citons les maîtres, Boileau d'abord. Quatre ans avant de mourir (*), Boileau maintenait en principe la possibilité d'une Tragédie ou d'une Comédie honnête, et de la passion ** exprimée chastement dans la poésie". Il s'en exprimait avec M, de Monchesnay, pour lequel le fait d'un théâtre moral était une chimère : ** Croyez- ** moi, Monsieur, lui écrivait-il attaquez nosTragédies ** et nos Comédies, puisqu'elles sont ordinairement ** fort vicieuses ; mais n'attaquez point la Tragédie et ** la Comédie en général. " Puis il ajoutait : ** Du ** reste, je vous abandonne le Comédien et la plupart