‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 7 sur 153 · X-'ART POÉTIQUE · texte numérisé non relu

X-'ART POÉTIQUE

Un autre adversaire de Molière a consigné aussi ce curieux succès : ** N'est-ce pas une chose étrange que ** des gens de qualité souffrent qu'on les joue en plein ** théâtre, etqu'ils aillent admirer les portraits de leurs ** actions les plus ridicules (') ! "

Perrault lui rend aussi ce beau témoignage : " Jus- " que-là, il y avait eu de Tesprit et de la plaisanterie ** dans nos Comédies ; mais Molière y ajouta une grande ** naïveté, avec des images si vives des mœurs de son '* siècle et des caractères si bien marqués, que les '* représentations semblaient moins être des Comédies ** que la vérité même; chacun s'y reconnaissait, et plus ** encore son voisin, dont on est plus aise de voir les ** défauts que les siens propres ('). "

Boileau attribuait aussi ce mérite à Molière. Jean- Baptiste Rousseau écrivait, dix-sept ans après la mort de Boileau : ** Je me souviens... d'avoir ouï nommer à feu M. Despréaux deux bourgeois, connus dans Paris, sur lesquels Molière avait pris l'idée des deux dernières pièces que je viens de nommer (le Bourgeois Gentilhomme et le Malade imaginaire). Ce grand homme observait tout ce qu'il voyait et faisait son profit des moindres choses qu'il entendait dire ; un mot, un seul trait lui en faisait imaginer plusieurs autres du même genre et de la même nuance; et de tous ces traits rassemblés se formait dans sa tête un caractère uniforme, auquel il joignait tout ce qu'il croyait le plus capable de le faire paraître et de le mettre en action. Voilà, Monsieur, de quelle manière M. Despréaux m'a raconté que Molière a composé ses pièces (^). "

1. Zélinde^ Vérit. CriL de P École des F. Cf., Fournel, Ibid.

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