‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 9 sur 153 · I. Préface d'Aihalie · texte numérisé non relu

I. Préface d'Aihalie

'* facilement ; ils ont des joies immodérées et des afflic-

* tîons amènes sur de très petits sujets; ils ne veulent

* point souffrir de mal, et ils aiment à en faire : ils sont

* déjà des hommes ('). " Et la suite.

Le bon* La Fontaine lui-même est bien peu flatteur, à l'endroit de Tenfance, qu'il appelle *' un âge sans " pitié "; et du pauvre petit écolier, ** doublement sot

* et doublement fripon. " — Le plus poétique (et le plus vrai) caractère classique de l'enfant est encore celui d'Horace; que de choses en trois vers :

■' Reddere qui voces jam scit puer^ et pede certo * Signât humum^ gestit paribus coliudercy et ira?n •' Colligit ac ponii iemere^ et mutai ur in horas, "

Ce que Vauquelin rend mot pour mot :

" L'enfançon qui, petit, assied ferme ses plantes

*' Déjà dessus la terre et qui sait bien parler,

** Avecque ses pareils aux ébats veut aller :

' Soudain il pleure, il rit, il s'apaise, il chagrine,

'• D'heure en heure changeant de façon et de mine (^). "

Et Régnier, en sa langue plus nerveuse :

" Uenfant qui sait déjà demander et répondre,

* Qui marque assurément la terre de ses pas,

'• Avecque ses pareils se plaît en ses ébats ;

*' Il fuit^il vient, il parle, il pleure, il saute d'aise ;

"'- Sans raison, d'heure en heure, il s'émeut et s'apaise. "

La Mesnardière avait été plus avisé que Boileau, en signalant aux gens de théâtre les principaux traits de l'enfance. La Mesnardière croyait que Ton peut induire en scène un enfant ** sur la prudence duquel laven- •' ture est fondée. — Que cet enfant, dit-il, paraisse

* non pas certes un Caton, puisqu'à bien juger des '* choses, cet excès de sévérité serait tout à fait ridi- '* cule; mais comme un esprit avancé qui ait autant de

** lumières à Tâge de quinze ou seize ans, que. l'ordij ** naire des hommes en a raisonnablement sur la fin î ** de l'adolescence ('). ''

! L' *' enfant " de La Mesnardière n'est plus V **enfanj '' çon" d'Horace; cest déjà presque le Britannicus de Racine. Racine, au temps où Boileau limait sa poétique, avait compris, par Tétude d'Euripide, quel effet peut produire le rôle d'un véritable enfant, même dç celui qui sait à peine bégayer innocemment sa pensée. Il avait plaidé contre des ignorants la cause du I petit Eumèle dans le drame si touchant à'Alceste, et 1 " surtout dans ce beau récit où Ton dépeint Alceste ** mourante, au milieu de ses deux petits enfants, qui *' la tirent en pleurant par la robe, et qu'elle prend sur ■ *' ses bras l'un après l'autre pour les baiser ('). "

*' Un Jeune homme, toujours bouillant dans ses caprices, j ** Est prompt à recevoir l'impression des vices ;

I *' Est vain dans ses discours, volage en ses désirs,

* Rétif à la censure, et fou dans les plaisirs.

Boileau entre en lutte avec des maîtres habiles ; et reste assez loin du tableau d'Horace :

" fmberbis juvenisy tandem custode remoto^

*' Gaudet equis canibusque et aprici gramine cainpi;

" Cereusin vitium flecti^ tnoniioribus asper^

" Uiilium tardus provisor, prodigus aeris^

** SublimiSy cupidusque et amata relinquere pernLx (-<). ''

D'où Vauquelin tire ces dix alexandrins :

" Le jeune gentilhomme à qui le poil ne poind, ** Et qui sort hors de page et de maîtres n'a point, '* Aime chiens et chevaux, et, loin de son pédante, '' A voir après le cerf la meute clabaudante... •• Au vice, comme cire, il est ployable et tendre, ** Apre et rude à ceux-là qui le veulent reprendre,

I. La Poétique^ p 125. — 2. Préface ^Iphigénie, — 3. V. 16 r- 166.

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• Paresseux à pourvoir à son utilitc*,

• Dépensier, désireux, rempli de vanité;

• Qui bientôt est fâché de ses folles délices,

'• Aimant divers plaisirs et divers exercices (*). "

Régnier est plus concis :

*' Croissant l'âge en avant, sans soin de gouverneur, " Relevé, courageux et cupide d'honneur, '* II se plaitaux chevaux, aux chiens, à la campagne ; " Facile au vice, il hait les vieux et les dédagne ; '* Rude à qui le reprend, paresseux à son bien, '' Prodigue, dépensier, il ne conserve rien ; " Hautain, audacieux ; conseiller de soi-même, •• Et d'un cœur obstiné se heurte à ce qu'il aime ".

Il serait hors de saison de citer Aristote en grec.

Mais Bossuet a imité ou reproduit le caractère du jeune

homme, d'après le stagyrite. Voici quelques lignes de

ce caractère esquissé par Bossuet jeune encore : ** Vous

*' dirai-je en ce lieu ce que c'est qu'un jeune homme

*' de vingt-deux ans? Quelle ardeur, quelle impatience,

* * quelle impétuosité de désirs ! Cette force, cette vi-

** gueur, ce sang chaud et bouillant, semblable à un vin

** fumeux, ne leur permet rien de rassis ni de mo-

- déré... C) "

'* L'âge viril, plus naûr, inspire un air plus sage, " Se pouse auprès des grands, s'intrigue, se ménage, '' Contre les coups du sort songe à se maintenir, *' Kt loin dans le présent regarde l'avenir,

Boîleau semble ici vainqueur d'Horace :

'* Conversis studiis œtas animusque virilis '' Quarit opes et amicitiasj inservit honori^ " Commisisse cavet quod mox muiare laboret (3). "

— " Quand il a Tàge d'homme il se veut augmenter, •

** Acquérir des amis, aux grands honneurs monter.

I. L. II.— 2. Paftégyr. de S. Bernard^ I»^ p.— 3. V. 166-169.

CHANT m. 17

" Garder le point d'honneur, ne faisant, téméraire, " Ce qu'il faudrait après rechanger ou défaire ".

(Vauquelin.)

— " Uâge au soin se tournant, homme fait, il acquiert " Des biens, et des amis si le temps le requiert; " Il masque ses discours, comme sur un théâtre ; " Subtil, ambitieux, Thonneur il idolâtre :

" Son esprit avisé prévient le repentir, " Et se garde d'un lieu difficile à sortir. '*

(Régnier.)

Boîleau lemporte sur ses devanciers par Télévation et la grandeur de son dernier vers, qui rappelle Corneille et Bossuet, ou encore ladmirable quatrain de La Fontaine, lequel se termine par :

" Quittez le long espoir et les vastes pensées ('). "

La Bruyère a aussi caractérisé en quelques mots les rêves et les ambitions de Fâge, qu'on appelle 1 âge mûr: '* Il faut aux enfants les verges et la férule : il faut aux *' hommes faits une couronne, un sceptre, un mortier, " des fourrures, des faisceaux, des timbales, des " hoquetons ('). "

Mais si Ton veut voir tout au long ce qu'était, ce que faisait, ce que cherchait et voulait l'homme '* mûr'' dans la société du xvii*" siècle, il faut le demander à Bourdaloue. N'essayons point de le transcrire ; autrement il faudrait citer tous ces portraits, d'après nature, que le grand orateur étalait à son siècle du haut de la chaire chrétienne. Tous ne sont pas beaux.

ff

La vieillesse chagrine incessamment amasse ;

Garde, non pas pour soi, les trésors qu'elle entasse ; " Marche en tous ses desseins d'un pas lent et glace ; ** Toujours plaint le présent et vante le passé ; " Inhabile aux plaisirs dont la jeunesse abuse.

Blâme en eux les douceurs que l'âge lui refuse.

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