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Le Génie, Èp, à M, Fontenelle

Peut-être aussi les dédains de Perrault retombaient-ils un peu sur la malencontreuse traduction de M. de Longepierre. M!, de Longepierre, comme le dit ailleurs Perrault, avait joué aux poètes bucoliques le " mauvais tour " de les traduire.

Le pastoral Fontenelle, loué par Perrault, de ne point suivre ** en vrai mouton " la houlette de Théocri te, avait ses théories sur l'Eglogue. Il composa des poésies rustiques; et pour en rendre les charmes plus sensibles à ses contemporains, il rédigea ses sentiments sur la nature de iÉglogue ('). A première vue, on pourrait croire que Fontenelle partage l'opinion de Boileau. Comme Boileau, il défend de représenter les fils des champs dans la vulgaire réalité de leurs mœurs et de leur langage. Comme Boileau, il proscrit, d'autre part, la pompe et le raffinement qui sentirait par trop Thôtel de Rambouillet ou l'Œil-de-Bœuf. Il veut des bergers, des villageois, mais très civilisés, très voisins de Paris, ou de Paris même. L'idéal de la vie pastorale pour M. de Fontenelle, ce serait ce M. des Yvetaux s'en allant, avec chapeau de paille fine et jolie panetière, paître des moutons absents, le long d'une allée de jardinet au faubourg Saint-Germain. Fontenelle serait fort aise de pouvoir placer le cadre de ses Idylles '* ailleurs qu'à la campagne. " S'il n'y entrait ** ni chèvres, ni brebis, " Fontenelle n'est point d'avis " que cela en fût plus mal; les chèvres et les brebis ne '' servent de rien. "

Et pourtant le gentilhomme-pasteur exige (comment concilier tout cela }") que les acteurs de ses pastorales, même sans moutons ni chèvres, soient bergers. " Il faut, dit-il, qu'ils aient de Tesprit, et de l'esprit fin ** et délicat;" mais seulement ** jusqu'à un certain *' point ; autrement ce ne seraient plus des bergers. " En un mot, chez Fontenelle, on n'est berger que

I. Pois, past. de M. de Fontenelle, Paris, t688. — M. H. Rigault, dans V Histoire de la querelle des Ane. et des Mod, et M. S. M. Girardin, dans son Cours de Litt, dram,, ont résumé les idées de Fontenelle. Les travaux de ces deux illustres critiques nous ont aidé, dans ce passag^e.

pour la forme. Le vrai cadre de TÉglogue est un salon avec des tentures des Gobelins, où des personnages pompeusement parés dansent sous Tormeau; ou bien une scène d'opéra avec des coulisses qui représentent un jardin dessiné par Le Nôtre. ** Il en va, ce me **^ semble, dit-il, des Églogues comme des habits que •' Ton prend dans des Ballets pour représenter des '* paysans. Ils sont d'étoffes beaucoup plus belles que " ceux des paysans véritables; ils sont même ornés de • *' rubans et de points; et on les taille seulement en *' habits de paysans. *'

Des académiciens et des courtisans s'en allant en villégiature, sans trop d'étiquette, voilà le type pastoral de Fontenelle. Ce qui, selon lui, plaît dans les Idylles, ** ce n'est pas le soin de garder des moutons, de les ** voir paître, et de parler du ménage de la cam- '* pagne; " — " mais c'est le charme, qu'on goûte dans ** l'oisiveté dont on jouit et le peu qu'il en coûte pour ' ' être heureux. "

Ni Théocrite, ni Virgile, n'ont compris leur métier, au jugement de Fontenelle. Il s'accuse lui-même fort gaiement de ne point aller paître dans les pâturages poétiques du Grec, ni du Latin : ** Voilà bien du mal " que j'ai dit de Théocrite t\ de Virgile, tout Anciens ** qu'ils sont; et je ne doute pas que je ne paraisse '* bien impie à ceux qui professent cette espèce de '* religion que l'on s'est faite d'adorer l'Antiquité (*)." Que reproche donc ce moderne à ces antiques?

" Théocrite alternativement, élève ses bergers au- *' dessus de leur génie naturel et les y laisse retom- " ber... Virgile, n'est jamais trop rustique ; mais il •• met des idées trop relevées dans la bouche des

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