I. Œuvres, éd. de 1728, t. II, p
" pasteurs. *' Ainsi Virgile fait chanter par ces simples fils des bocages mantouans le système philosophique d'Épicure ('). C'est absolument invraisemblable. Et puis ces Tityres et ces Mélibées parlent comme des gens frais émoulus du collège des Quatre- Nations.
Les Lycidas de Fontenelle ne sont pas plus vraisemblables. Dans ses poésies champêtres, ils sont à cent lieues de la campagne, qu ils ne voient ni ne goûtent. On dirait que ces " porte-houlettes douce- *' reux " (") ont lu, non pas Descartes, — ils seraient trop doctes, — ni Sévigné, — ils seraient trop simples, — mais Télémaque.
" Que leurs tendres écrits, par les Grâces dictés,
" Ne quittent point vos mains. Jour et nuit feuilletés,
Boileau se déclare une fois de plus pour les anciens. Il semble qu on entend ici Fénelon disant à T Académie : " Je crierais volontiers à tous les auteurs de notre " temps que j'estime et que j'honore le plus :
" Vos exemplaria gratca
" Noduma versate manu, versate diurna (3). "
Inutile de transcrire les admirations connues de Fénelon pour Virgile, pour ce poète qui " anime et ** passionne tout (^). "
Le savant H uet avait pratiqué le conseil de Despréaux et feuilleté les Idylles grecques du berger sicilien. Luimême nous le dit:" Les agréments deThéocrite avaient " si fort flatté mon humeur champêtre, que, pendant " plusieurs années de ma jeunesse, je ne laissais pas ** passer un mois de mai, (qui était mon mois favori et " pour lequel j'aurais donné les onze autres mois de
I. ÉgL VI. — 2. Dubos, R//Ux, i" P. S. xxii.— 3. Hor. A, P. V. 268-9. ^Lettre à VAcad.^ ch. X. — 4. Ib., ch. v.
CHANT n. 25
*' Tannée), sans Tégayer d'une nouvelle lecture de " Théocrite {'). "
Et il fit des Églogues latines.
Le grave Bossuet feuilletait les tendres écrits du poète de Mantoue. On en lit dans sa vie par le cardinal de Bausset des preuves curieuses. Par exemple : devenu précepteur du dauphin, Bossuet n'allait jamais à la campagne " sans Virgile "; il goûtait surtout les Églogues et les Géorgiques ; et il se plaisait à en citer des tirades, en se promenant sur les bords de la rivière qui arrosait les jardins de sa villa de Germigny.
Le bon fablier s'inspirait aussi de Virgile. Il en fait l'aveu à Tévêque d'Avranches, partisan de Théocrite :
" Térence est dans mes mains; je m'instruis dans Horace ; " Homère et son uval sont mes dieux du Parnasse. "
Exemplaria grcBca et latina.
" Seuls dans leurs doctes vers ils pourront vous apprendre *' Far quel art sans bassesse un auteur peut descendre, " Chanter Flore, les chamx>s, Pomone, les vergers,
Ce mot de ** Pomone", qui veut dire les jardins, eut son histoire au xvii* siècle. Il rappelle la querelle pacifique intentée par Bossuet contre Santeuil. Santeuil religieux de Saint- Victor, auteur d'hymnes liturgiques, chantre des Saints, avait employé ce nom païen dans une poésie latine. Bossuet le gourmanda;le moine-poète répondit par un poème latin, et par une promesse de se corriger:
" Lusimus; et nuper Pomonam induxit in hortos " Ruris amans morisque tenax mea Musa vetusti... "
Ce fait serait insignifiant, s il ne se rattachait à lune des querelles littéraires les plus importantes de ce temps-là. Nous en reparlerons, au chant iii^ quand nous traiterons, avec Boileau, du paganisme poétique.