‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 102 sur 236 · I. P. 57, (cité par B. S. P · texte numérisé non relu

I. P. 57, (cité par B. S. P

" Si d'une longue haleine un bel œuvre tu veux " Parfaire, pour passer jusqu'aux derniers neveux, " Chanté d'un air moyen, non tel que l'héroïque, " Ni si bas descendant que le versf bucolique " Mais qui de l'un et l'autre un vers enlacera, '* Qui, tantôt s'élevant, tantôt s'abaissera etc.. "

Puis, il passe en revue les grands poèmes didactiques des Grégeois et des Latins, et fait l'histoire de ce genre poétiique au xvi^ siècle :

" . . Tel qu'après Pontan en notre langue encores, ** Avait bien commencé Bàifzyxyi Météores ; " Tel que de Sainte-Marthe est cet œuvre divin '' Qu'il a fait sur le Clain au bel air poitevin, " Quand, latin et français, imitant la nature, " Il chante des enfants la chère nourriture. "

Le plus grave reproche d'omission que Ton ait formulé contre Boileau, regarde \ Apologue. Pourquoi Boileau n'a-t-il pas nommé La Fontaine } Pourquoi a-t-il négligé la Fable, dont la France se glorifie de posséder les modèles incomparables ? On a déjà imaginé bien des raisons de cet oubli, de cette omission, de cette négligence. Peut-être ne saura-t-on jamais la raison exacte et déterminante, que Boileau seul a pu savoir; et il n est. pas absolument certain qu'il l'ait sue. Pourquoi } Parce qu'il nest pas absolument certain que Boileau ait commis ce crime littéraire de propos délibéré. Il n*est pas absolument certain que Boileau ait songé à nommer la Fable et qu il ait passé outre, pour un. des motifs que l'on met en avant.

Toutefois nous sommes obligé de signaler quelquesunsde ces motifs allégués à la décharge du Législateur; nous joindrons nos rétlexions personnelles aux explications de nos confrères.

Pourquoi Boileau ne parle-t-il pas ici de la Fable et de La Fontaine ?

I® L'Art Poétique parut en 16^4. et le premier recueil des fables venait de voir le jour. Ce recueil fi est pas le meilleur ; le public ne le connaissait gu^re. Boileau le connaissait-il ?

Le premier recueil des Fables parut en 1668, un an avant que Boileau entreprit la Poétique, six ans avant qu'il la publiât. Ce recueil contenait les six premiers Livres, où les chefs-d œuvre abondent. Le public lettré, la société choisie, les admirateurs de Boileau, connaissaient passablement ces Fables en i674,et il y en avait eu déjà plusieurs éditions (') ; on les lisait, on en était " ravi " ; on les apprenait ** par cœur ". — " Nous en " étions l'autre jour ravis chez M. de la Rochefoucauld. " Nous apprîmes par cœur celle du singe et du chat... '* cela est peint; et la citrouille, et le rossignol cela est " digne du premier tome." (M"^« de Sévigné, 29 avril. 1671.) C)

Le public lettré connaissait même déjà nombre de ces fables, avant l'édition de 1668 (3). La Fontaine l'affirme positivement dans sa préface.

Enfin Boileau a déclaré lui-même, sans distinction de dates et de recueils,que les ouvrages de La Fontaine eurent grande vogue dès leur apparition : " Dans quel ** siècle a-t-on plus volontiers applaudi aux bons livres ^^ naissants que dans le nôtre .•^... Avec quels batte- " mentsde mains n'y a-t-on point reçu les ouvrages de " Voiture, de Sarrasin et de La Fontaine (*) } "

1. V. M. Henri Régnier. La Fontaine^ 1. 1. — Grand Écriv, de Fr,

2. Voir Us Lettres des 26 février 16/2, 9 et 23 mars suivant. Des objections soulevées par Berriat Saint- Prix à propos du mot ^^ ennuyeux^^ sont réfutées par les explications de M. H. Régnier, page Cl.

3. Du moins en manuscrit, suivant l'opinion de MM. Walckenaer et Henri Régnier. {Z^ Fontaine^ L I,p.8.) — 4- Lettre à Ch. Perrault, 1700.

Boileau dut avoir des premiers entre les mains non seulement l'édition imprimée, mais le manuscrit des Fables. J'en vois la preuve dans Tanecdote recueillie par Cizeron- Rival. La Fontaine, dit-il, en s?i fable du Chêne et du Roseau, a imité lés vers de Virgile:

" ... Et quantum vertice ad auras

" AethereaSy tantum radice in Tartara tendit, "

ti

Messieurs Racine et Despréaux conseillèrent à La Fontaine d*embellir sa Fable de cette image magnifique ; et c'est ce qu il fit fort heureusement de cette '' manière :

" L'arbre tient bon, le roseau plie,

" Le vent redouble ses efforts,

" Et fait si bien qu'il déracine ** Celui de qui la tête au ciel était voisine, " Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts (»). "

Nous verrons tout à Theure une anecdote semblable, due aux souvenirs de Brossette.

2^ Ce genre poétique ti était pas assez cultivé au X VII* siècle, pour que Boileau y fît attention.

La réponse se trouve dans l'étude de M. H. Régnier sur La Fontaine ('): " La Fable était déjà (en 1668) ** fort à la mode au dix-septième siècle. Indépendam- ** ment des noms de Furetière, de M"^^ de Villedieu, " de Benserade, les recueils de Bouhours et de Daniel ** de la Feuille attestent combien de personnes essay- ** aientalorsd exprimer sous cetteforme qui leurparais- '* sait commode et facile leurs idées morales, ou leurs '* sentiments politiques. *'

En 1671, Tabbé de Villars prétait cette phrase à Tun des interlocuteurs de Sit,'^ Nouveaux entretiens: ** N'est- ** ce point un Apologue et une de ces Fables à la mode ** que vous me contez là ?" (P. 130.)

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