‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 109 sur 236 · I. V. Walckenaer, 4*'édit., t. i, p · texte numérisé non relu

I. V. Walckenaer, 4*'édit., t. i, p

Louis XIV, donnent à cette dernière supposition les plus fortes vraisemblances. La Fontaine n'avait pas encore ** promis d'être sage *'. Il ne devait le promettre que dix ans plus tard. Cependant n*oublions pas que Port- Royal, dont Boileau était ladmirateur et presque le disciple, faisait éditer son recueil de poésies par La Fontaine, en 1671 ; Boileau pouvait ne pas se montrer plus difficile que les Solitaires.

Résumons-nous. Le motif exact, soit littéraire, soit moral, de cette omission n'est point évident. Mais de tous les motifs exposés, le dernier serait le plus plausible, s'il était bien établi qu'il fût le vrai.

Aucun de ces motifs, quel qu'il soit, ne justifierait entièrement Boileau decet oubli volontaire ou non.Comme nous le disions tout à l'heure, au cas où l'on ne veut point nommer un ouvrier, on peut toutefois indiquer les règles d'un ouvrage où cet ouvrier s'exerce et excelle. Quand même cet ouvrier aurait jadis fait des œuvres blâmables, on peut louer celles où il se distingue présentement ('). Boileau a-t-il lui-même regretté cette négligence } on n'en voit trace nulle part.

Et les contemporains ?

Je lis dans Walckenaer : ** Il parait que l'omission ** du nom de La Fontaine et du genre de la fable, dans ** \Arl Poétique, fut souvent reprochée à Boileau par

I. C'est ce que fit, quelques années plus tard (1689) le P. Bouhours. Il lou.i LaFontaine,dans ses Penséesingén{euses^<tn se gardant bien de louer, ou même de nommer les Contes, Il ne nomme même pas le Bonhomme. '* Entre les pensées de nos beaux esprits, je n'en vois guère qui surpas- " sent celles d'un académicien, en qui l'Académie reconnaît un génie aisé, ** facile, plein de délicatesse et de naïveté, quelque chose d'original, et ** qui, dans sa simplicité apparente et sous un air négligé, renferme de *• grandes beautés et de grands trésors. Pour ne point parler de ses Fables, ** où tout est si naturel et si moral, ni de ses fragments du sonçe de Vaux, '* qui brillent d'esprit depuis le commencement jusqu'à la fin ; son Élégie " sur la disgrâce du grandministre(Fouquet)est pleine de traits délicats.**

** ses contemporains ('). " Si le cas est vrai pour un ou deux contemporains des vieux jours de Boileau, il ne l'est certes pas des lettrés qui virent naître les premières éditions de VAré Poétique,

Walckenaercite Monchesnai et Louis Racine. Mais Monchesnai n'avait pas dix ans en 1674, ^^ Louis Racine naquit en 1692. L'omission de la Fable et du nom de La Fontaine ne fut remarquée par ces deux écrivains et par d'autres, que longtemps après la publication du poème, après la mort de La Fontaine, et probablement après la mort de Boileau.

Les admirateurs des Fables, en 1674 et jusque vers la fin du siècle, la M'^e de Sévigné, le comte de Bussy etc., ne semblent pas avoir soupçonné cet oubli. Et si quelqu'un l'eût alors soupçonné, nul doute que Desmarets, Pradon, Carel surtout (Carel le défenseur des beaux esprits),VL^M^^ÇL^X. saisi une telle faute comme une arme ; ils auraient brandi contre Despréaux cette massue d'Hercule. Il n'en fut rien. Toute la Poétique fut épluchée, vers par vers, mot par mot, tout passa par le crible, tout jusqu'aux virgules. On reprocha durement à Boileau d'autres omissions. Mais de cellelà, personne alors ne fut frappé : personne ne s'en préoccupa, personne n'en parla, ou tout au moins n'en dit mot dans les livres. Pourquoi ?...

Ce silence des contemporains de \ Art Poétique nous paraîtrait une sorte d'excuse au silence de Boileau, s'il pouvait recevoir une excuse.

Concluons. C'a été un tort grave pour Boileau de laisser, sciemment ou non, de côté un genre littéraire si conforme au génie gaulois et français, genre qui reste la gloire la plus indéniable de notre poésie, genre

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