I. Huttiana^ p
'* Au combat de Ja flûte animer deux bergers ;
Boileau ne nomme que les bergers, en fait d'acteurs clans les Idylles et les Églogues. Plus même de chevriers, ni de pêcheurs, comme chez le vieux Théocrite. L'académicien Genest ne permet aussi l'entrée en l'Églogue qu'aux gardeurs .de '* bêtes à laine ". Quant aux autres, il les proscrit sommairement : ** Que les ** Bouviers, les Vachers, les Chevriers,les Porchers, les ** Robins, les Colins, les Margots, soient donc bannis du ** style de nos Églogues et de nos Idylles ('). " Le P. Mourguesy admet '* des bergers, ou des gens oisifs. " Les autres habitants des prés ou bocages sont trop occupés; ou les animaux qu'ils paissent, ne sont pas présentables. Des " porchers"! fi donc.
Le très peu rustique Fontenelle bannit de ses cadres champêtres tout ce qui sent la campagne ; il n'y tolère que ses Bergers à lui, lesquels sentent le musc : ** Il s'en faut bien que des Laboureurs, des Moisson- *' neurs, des Vignerons, des Chasseurs, soient des ** personnages aussi convenables à des Églogues que ** des Bergers ('); — c'est-à-dire que mes Bergers.
" Des folâtres plaisirs vanter la douce amorce
*' Changer Narcisse en fleur, couvrir Oaphné d'ëcorce;
" Et par quel art encor l'Églogue quelquefois
" Rend dignes d'un consul la campagne et les bois.
'* Tel est de ce poème et la force et la grâce.
L'avant-dernier de ces vers est une allusion à celui de Virgile :
" Si canimus sylvas^ sylvœ sini consule dignœ (3). *'
Les deux premiers rappellent les métamorphoses antiques et modernes; oui, modernes; car les Recueils
I. Traité de î'Égl,^ etc., p. 345. — 2. Œuv,y\. IV, p. 140. — 3. Égl, IV
du xvii« siècle contiennent des métamorphoses en foule, parmi lesquelles on admirait alors la Métamorphose des yetix de Philis en astres^ d'Habert de Cérisy, et celle ^Atuis en cane, de Segrais ('). On en trouve surtout dans les récits soi-disant champêtres. Un ou deux exemples. Le poète Vion d'Alibray, raconte comment une nymphe fut métamorphosée en morille.
'' Ses membres, que la peur assemble,
" En tige s'unissent ensemble,
'' Tige qui garde sa blancheur
" Et leur jeunesse et leur fraîcheur.
** Sa face brunette est mêlée
" A sa chevelure annelée ('). "
Régnier- Desmarais fait Thistoire d'une princesse changée en taupe :
" L'habit qu'elle portait alors " S'attache partout sur son corps, ** Et partout en sa peau se change; ** Et tel qu'il fut, de velours noir, " Avant ce changement étrange " Te on peut encore le voir (3). "
Et voilà d'où vient que la peau des taupes est noire et luisante, comme le velours d'Utrecht.
On pourrait se demander pourquoi Boileau a donné près de quarante hexamètres à TÉglogue, lorsque l'Élégie et rOde réunies n'enobtienrient pas davantage. On parle beaucoup de ce que l'on aime, et aussi de ce que l'on déteste. Si l'on s'en rapporte à l'abbé Genest, ce serait moins l'estime et plutôt le dégoût qui aurait inspiré cette longue tirade. L'abbé Genest, vers la fin du xvii« siècle, écrivait ceci, à-propos de l'Églogue et de l'Idylle : " Je ne sais si... M. Despréaux n'aurait
I. Atkis,— 2. Rec. des plus btlUs poés.^ t. IV, p. 268.— 3. Œuv, PoéL^ Nouv. éd., t. I.
point eu quelque part à leur décadence. S'il a loué cette poésie en M. de Racan et M. de Segrais, il l'avait aussi attaquée en beaucoup d'autres. La beauté de ses vers, jointe au goût piquant que la Satire a d'elle-même, ont fait apprendre ses vers par cœur à tout le monde, et l'ont rendu, à Paris et dans les provinces le modèle des nouveaux poètes. lia tourné l'Églogue en ridicule dans une de ses Satires :
" Viendrat'je en une Églogue^ etc....;
De sorte qu'il faut être bien hardi, dans cette disposition où est le public, pour entreprendre une sorte d'ouvrage, d'ailleurs très difficile, où Ton court risque à chaque pas, en cherchant la naïveté et la douceur, de tomber dans la fadeur et dans la bassesse ('). "
" D*ua ton un peu plus haut, mais pourtant sans audace; " La plaintive Élëgie, en longs habits de deuil, " Sait, les cheveux ëpars, gëmir sur un cercueil.
C'est Ovide qui avait fait ce portrait de l'Élégie aux cheveux dénoués :
" Flebilis indignos^ Elegeia^ solve capilios. "
L'Élégie, telle que l'entendait le xvii^ siècle, ressemblait tantôt à l'Ode, tantôt à l'Églogue, et non moins souvent, au Madrigal. Le genre n'en était pas encore parfaitement défini, en 1685, d'après un auteur de poétique française : " Il n'y a rien encore de bien ** établi sur le caractère de l'Élégie française ('). " Il y avait si peu de poètes français à savoir traduire, simplement, naïvement, les douleurs qui inspirent les vers élégîaques ! Le style convenu, et les rengaines de mythologie, étouffaient le naturel. En 1688, l'auteur de X Histoire Poétique des guerres du Parnasse, avouait