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2. Toutefois la Terreur (le (po^oç du théâtre grec) n'était pas toujours " douce". Louis Racine en fait la remarque très judicieuse, et reproche à Boileau d'avoir accrédité parmi nous le sens doucereux de ce mot: " Une douce terreur /... Ce n'est point une douce terreur dont les Atrées, les " Œdipes, les Phèdres nous remplissent. Ainsi l'on pourrait croire que ** Boileau, toujours si exact dans ses expressions ne l'a point été dans ces " deux vers. " ( Traité de la Poés, dramat., chap. IV, § i".)
L'ART POÉTIQUK.
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** de se lamenter, qu'on exposait bien moins de vertus ** que de malheurs; de peur qu'une âme élevée à Tadmi- *' ration des Héros ne fûtmoins propre à s'abandonner à la pitié pour un misérable. Et afin de mieux imprimer les sentiments de crainte et d'affliction aux spectateurs, il y avait toujours sur le théâtre des Chœurs d'enfants, de vierges, de vieillards, qui fournissaient à chaque événement ou leurs frayeurs ou leurs larmes ('). " Pi'ité / Terreur ! Le xvii* siècle littéraire retentît de ces deux mots, à l'imitation des siècles anciens : ** Le Poème tragique... vous conduit à la Terreur " par la Pitié, ou réciproquement à la Pitié par le ** Terrible, " Voilà les deux alternatives indiquées par La Bruyère ('), vers la fin du siècle. La Mesnardière, à l'aurore du règne de Louis XIV, recommandait d'aller à l'une par l'autre, en donnant toutefois moins à la Terreur ç^'^ l'autre sentiment : " Encore que la Tra- ** gédie doive exciter la Compassion^ et produire la '* Terreur comme ses effets légitimes, le poète doit '' tâcher pourtant que la Terreur soit beaucoup moin- ** dre que les sentiments de Pitié {f). " C'est précisément ce que veut Boileau, '*une^ douce Terreur *\
Les autres règles compliquées et sévères, où Richelieu et ses aides enfermaient la Tragédie classique, n'étaient que des^ accessoires par rapport à la règle du double pathétique ; elles lui cédaient le pas. Voici comme Sarrasin s'en explique : " Il ne suffit pas que la ** Tragédie soit régulière dans la grandeur, dans celle ** du temps où elle se passe, dans l'unité de son action ** et de sa scène ; il faut encore pour la rendre parfaite, *' qu'elle excite la Pitié et la Terreur y et qu'elle sou-
1. Delà Tragédie Afic. et Mod. — 2. Caract, chap. i. — 3. La Poétique^ 1640, p. 21.
** lève ces troubles dans lésâmes de ceux qui la regar- '* dent (;). "
C'était la doctrine de la vénérable antiquité ; à ce titre on lui rendait Thommage d'une docilité parfaite : ** Vous suivez l'esprit des auteurs anciens, qui vou- " laient que la Tragédie roulât sur deux passions; *' savoir, la Terreur, que doivent donner les suites '• funestes du vice (") ; et la Compassion qu'inspire la ** vertu persécutée et patiente. C'est l'idée qu'Euripide •* et Sophocle ont exécutée (3). "
Racine accepte, emploie, rajeunit cette tradition, cet héritage des Grecs. Notons seulement, qu'au lieu d'appeler ces deux passions éléments ou ressorts tragiques, Racine les nomme, plus justement, les " epts " de la Tragédie (*).
On s'occupait encore, en ce temps-là, de l'énigme fameuse d' A ristote touchant la purgation des passions par la Pitié et la Terreur.T ous les Œdipes et tous les Sphinx, auteurs de Poétiques, commentateurs d'Aristote, s'escrimaient à deviner la pensée du maître. Corneille aussi traita cette obscure matière, dans son second discours, où il rit un peu de ce que les savants ** se gênent sur ce passage". L'unde ces doctes écoliers du Philosophe " marque jusqu'à douze ou quinze ** opinions diverses qu'il réfute, avant que de nous ** donner la sienne. "
Ce problème, jadis fort étudié, tant de fois résolu, des passions *' purgées par la Pitié et la Terreur ", n'a pas beaucoup gagné en clarté ; et il a beaucoup perdu de son intérêt. Il serait fastidieux d'y revenir. Une