‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 123 sur 236 · PraL du Th., t. I, L. li, p · texte numérisé non relu

PraL du Th., t. I, L. li, p

'* à ses gages ('). " Et Segrais: ** Ce fut monsieur *' Chapelain, qui fut cause que l'on commença à *' observer la règle de 24 heures dans les pièces de ** théâtre ('). " Est-ce vraiment Chapelain qui eut le premier le soupçon des unités et qui le premier résolut d'en doter la France ? Est-ce l'abbé d'Aubignac qui fut ce Christophe Colomb ? Ne serait-ce pas Mairet ? Toujours est-il que Mairet donna le premier exemple de cette nouveauté dramatique, en sa Sophonisbe,

C'est à Mairet que Sarrasin fait remonter l'initiative de cette réforme : *' Nous avons cette obligation à M. ** Mairet, qu'il a été le premier qui a pris soin de dis- *' poser l'action, qui a ouvert le chemin aux ouvrages *• réguliers par sa Silvanire, et qui a ramené la majesté * de la Tragédie dans sa Sophonisbe ; éx^XiX, vrai de dire '* de lui qu'il est né pour la gloire de notre siècle et de ** la poésie de notre nation (3). *'

Segrais raconte comment Chapelain, après avoir fait la découverte des 24 heures tragiques, ** communiqua ** la chose à M. Mairet, qui fit la Sophonisbe, qui est ** la première pièce où cette règle est observée (*). "

Mais nous n'étions pas encore pour cela engagés *• aux règles de la raison ". Corneille regimba, et ce ne fut pas sans peine qu'il se mit en devoir de ** travail- ** 1er à l'heure ". L'unité de lieu, la plus gênante peutêtre, ne s'imposa point sans réclamations. Vingt ans après l'apparition du Cid, l'abbé d'Aubignac prenant en pitié l'ignorance et la ** corruption " du xvi^ siècle, qui sur le théâtre faisait passer '* de France en Dane- ** mark ", avec ** trois coups d*archet ", constate la victoire du bon goût et d'Aristote. Mais alors même

I. Hist, tfe PActui.y etc. Art. Chapelain. - 2. Mém, anecdotes, 1. c, p. 107. — 3. Disc, delà Tragédie, Édit. de 1663. — 4. Mém. anecdot.^ 1, c, p. 107-8.

L'ART POÉTXQUE.

combien de rébellions! '* Cette règle de Tunité du ** lieu commence maintenant (en 1669, (') Tannée *' même où Boileau entreprit son Art Poétique /) à ** passer pour certaine : mais les ignorants et les per- ** sonnesde faible esprit s'imaginent qu'elle répugne à ** la beauté des incidents... Les demi-savants, qui " d'ordinaire ne sont guère éclairés, sentent bien les ** vérités qu'on leur dit pour l'établir ; mais ils y font •' des objections si peu dignes d'un homme de lettres, ** que j'en ai souvent eu pitié, quoiqu'elles me don- *' nassent beaucoup d'envie de rire.,. ('). "

L'abbé d'Aubignac, auquel cette étrange indiscipline fait hausser les épaules,, déclare n'avoir rencontré l'unité de lieu, ** rigoureusement gardée ", que chez le seul Corneille (3).

Donc, lorsque Boileau écrit ** nous ", " nous voulons'\ il est l'écho du très petit nombre des dramaturges. Ce petit nombre, il est vrai, est l'élite. Mais Racan, par exemple, mort seulement depuis 3 ou 4 ans, réclamait une plus grande liberté. Le bon Racan qui, dit-il, s'est toujours opposé de tout son pouvoir " aux gênes où l'on voulait mettre notre poésie ", n'était point partisan des règles strictes décrétées par un ou deux de ses contemporains et amis. Il écrivait à Ménage, le 17 octobre 1654; et après avoir démontré par une anecdote, qu il y a des ** sottises régulières ", il poursuit : ** Je vous en dirais autant des règles trop étroites que ** l'antiquité voulait établir pour la perfection du '* théâtre. L'unité du lieu, du temps et de Vaction, y *' sont sans doute nécessaires ; mais cette trop grande ** rigueur que l'on y apporte met les plus beaux sujets ** dans les gênes, et est cause que les Comédies ne sont

I. r'^ Edit. — 2. Pra/, du Th., t. I, p. 86,87. — 3- ^'^'^•i P- 99-

** pas aussi agréables aux esprits médiocres qui rem- " l>lissent le plus souvent les trois parts de Thôtel de ** Bourgogne. **

Là-dessus l'auteur des Bergeries cite le merveilleux effet d'un drame joué pendant sa jeunesse, drame dont le héros n'était pas né encore au premier acte. Le peuple eût été pleinement satisfait de cette pièce, si on avait pu vieillir les visages des acteurs '* à toutes les scènes " et si le père du héros, que l'on voyait tout jeune au premier acte, eût paru, au cinquième, ** avec ** une calotte de travers et une barbe in-folio."

** Pour l'unité du lieu, l'on ne la connaissait pas en ce ** temps-là, et l'on souffrait la scène tantôt dans le ** palais et la chambre du roi, tantôt dans la forêt et '* dans la hutte du charbonnier. Et cependant, avec ** toutes ces disparates, cette pièce était plus estimée " que si elle eût été dans les règles. "

Racan conclut delà que de belles pièces " souffrent *' de grandes contraintes inutilement. Quand elles se ** seraient un peu relâchées, elles n'en auraient pas été ** moins agréables aux auditeurs ('). "

" Qu'en un lieu, qu*en un jour, un seul fait accompli '* Tienne Jusqu'à la fin le théâtre rempli. "

Voilà ces deux fameux vers si admirés pour leur concision, leur précision, leur élégance, et si combattus pour les règles draconiennes dont ils sont l'expression. Notons d'abord qu'ils ne sont pas complètement de Boileau. ** Ces deux vers, dit Saint-Marc, sont assuré- ** ment une très heureuse imitation du cinquième et du •* sixième de ces vers de La Fresnaie-Vauquelin, dans " son Art Poétique, (livre m) (^) :

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