‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 124 sur 236 · X-'ART POÉTIQUE · texte numérisé non relu

X-'ART POÉTIQUE

"... UhèroiCy suivant le droit sentier, " Doit son œuvre comprendre au cours d'un an entier : " Le Tragic^ le ComiCy dedans une journée " Comprend ce que fait l'autre au cours de son année : " Lt théâtre jamais ne doit être rempli " D'un argument plus long que (T un jour accompli : " Et doit une Iliade en sa haute entreprise, " Être au cercle d'un an, ou guère plus, comprise. "

La Fresnaie traduit largement Aristote ; et, pour le lire au passage, îl découvre lunité de temps, bien avant Vlairet^ Chapelain et d'Aubignac, comme les navigaeurs du Nord avaient découvert l'Amérique, longemps avant Colomb et Vespuce. Je me trompe; î?.onsard et les contemporains de Vauquelin connuent ces règles. Ronsard même établit ce principe jue la Tragédie et la Comédie " sont bornées et

* limitées de peu d'espace, c'est-à-dire d un jour entier." it Ronsard signale un exemple vraiment curieux des icrupules dramatiques au xvi^ siècle: " Les plus excel-

* lents maîtres de ce métier (lesquels?) les commencent

* d'une minuit à l'autre, et non du point du jour au

* soleil couchant, pour avoir plus d'étendue et de lon-

* gueur de temps. ** (Préface de la Franciade, p. 9.)

Nous ne discuterons point philosophiquement les ègles des unités. Nous consignerons seulement la açon dont elles furent entendues par les contemporains le Boileau. Le règne des unités, comprises comme illes le furent par Castelvetro, Piccolomini et d'Aubîjnac, est passé depuis longtemps. Lope de Vega et Shakespeare s'en étaient largement affranchis, avant la Sop/wnisbe de Mairet. Et les Grecs, sur l'autorité desjuels on s'appuie, firent des Tragédies qui ne ressem- )lent guère aux nôtres. Le chœur chez les Grecs était le l'essence de la Tragédie, ou mieux, l'essence nôme de la Tragédie. Les Grecs n'avaient point d'en-

tr actes. Les Grecs n'avaient pas même d'actes proprement dits. Enfin Aristote, " notr-e unique docteur ", comme parle Corneille(*), ne s'occupe point de lunité de lieu, imposée aux Grecs par la présence continuelle du chœur. Il établit, d'accord avec la raison, l'unité d'action ou d*intérêt,et limite la Tragédie à '*une révolution de soleil ou à peu près. " La présence du chœur tragique obligeait les poètes grecs à rester dans cette mesure.

Mais les commentateurs se sont abattus sur les quelques mots d'Aristote; ils les ont torturés, pressurés et ils en ont fait sortir des volumes. Nous avons déjà dit que tel de ces savantas ** marque jusqu'à douze ou ** quinze opinions diverses " de ses confrères, à propos d'une phrase de la Poétique. Naturellement pareille chose eut lieu à l'égard des trois unités.

Voici comme l'on comprenait les unités de temps et de //V//, à l'époque de Boileau. Nous laissons de côté l'unité dUaction, que Boileau appelle quelque part, l'unité àitfait. Tous les dramaturges raisonnables l'admettent et la pratiquent, en se donnant des franchises conformes à leur génie et au sujet par eux choisi (').

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