Rép, au dise, surPHeauton, Miscellanea^ II, p
" consume dans la représentation ('). " — En d'autres termes, la représentation durant deux heures, ou trois, l'action devrait durer tout au plus deux ou trois heures. Corneille, même après sa conversion aux règles et aux unités, fut plus généreux. Il concède à ses confrères, et à lui-même, " non seulement les vingt-quatre ** heures entières", mais" sans scrupule jusqu'à trente." La Mesnardière fait la même concession; vingt-quatre heures, dit-il, et même un peu plus. Mais tout en octroyant cette permission de trente heures, Corneille souhaite qu'on se réduise à deux heures d'horloge. — '* Ne nous arrêtons point ni aux douze, ni aux vingt- ** quatre heures, mais resserrons l'action du poème dans ** la moindre durée qu'il nous sera possible, afin que sa *' représentation ressemble mieux et soit plus parfaite. '' Ne donnons, s'il se peut, à l'une que les deux heures ** que l'autre remplit. Je ne crois pas que Hodogune en *' demande guère davantage, et peut-être qu elles suffi- ** raient pour Cinna, Si nous ne pouvons la renfermer " dans ces deux heures, prenons-en quatre, six, dix. ** Mais ne dépassons pas de beaucoup les vingt-quatre ** heures, de peur de tomber dans le dérèglement (')." Ce fut désormais la loi du théâtre classique. Racine a soin de faire observer, dans les préfaces de Britanninis et de Bérénice, qu'il se garde de multiplier les incidents, pour ne point dépasser la durée d' " un ''jour .
Racine et Corneille, en admettant l'espace d' **un jour ",et de ** vingt-quatre heures ", font encore preuve de largeur. Tous leurs contemporains n'osèrent pas aller jusqu'à cet excès. On peut voir à ce sujet le discours sur \ Heautontimoriimenos, auquel Ménage répond par un autre discours. Ménage admet aussi le jour
l. K Prat, du 7^., liv. II, ch. 7. — 2. 3' Discours. — Les trois unités.
CHANT m.
naturel, ou les vingt-quatre heures ; et même, à la suite de Ronsard et du P. Mambrun, il estime qu Aristote permet d' *' excéder tant soit peu ce tour du soleil ". Il affirme enfin que deux pièces d'Eschyle, le père de la Tragédie, comprennent au moins quatre jours, et qu'Agathon, tant loué par Aristote, s'accordait de semblables licences. Preuves terribles contre les disciplesesclaves du Stagyrite.
Dacier, traducteur et commentateur de la Poétique, prononce que ** tour d'un soleil "signifie huit ou dix heures. De là, il s'évertue à démontrer qu Aristote ** n'a ** nullement prétendu permettre aux poètes d'excéder ** cet espace du tour du soleil, et donner, par exemple, ** quatorze ou quinze heures à l'action d'une Tragédie. ** Cela serait inoui.
Aux pièces ** les plus parfaites ", aux '* modèles -'* achevés", Dacier accorde libéralement une action de trois heures et quelques minutes ; mais non point ** qu'elle dure quatre heures ". Pour les Tragédies qui visent moins à la perfection, Dacier pousse la condescendance jusqu'à tolérer le '• tour d'un soleil " de dix heures ; mais c'^siX^ nec plus ultra. Il conclut par ces principes, aussi élémentaires qu'étroits : C'est au poète ** de prendre si bien ses mesures, qu'il ne donne pas ** dix heures à une action qui doit finir en quatre, et ** qu'il ne resserre pas non plus en quatre celle qui en •* doit durer dix. Mais il vaudrait encore mieux pécher ** de ce côté-ci que de l'autre " (').
Le P. Le Bossu hasarde en faveur de l'unité'* de jour' (et de lieu, par concomitance), une raison qui ferait immédiatement hausser les épaules au moindre dramatiste du xix« siècle : ** Il n'est pas naturel, dit le P.
I. Im Poéi, ifArist. Trad. en franc, par M. Dacier. — Remarques sur le chap. V.
** Le Bossu, qu'on s'imagine passer les jours et les nuits " sans dormir, sans boire et sans manger, à considérer '* ce qui se passe, ou que, sans sortir d une place, Ton ** est transporté en différents lieux ; et de là vient cette *' unité de jour et de lieu nécessaire au théâtre ('). " — Et c'est ce qui fait que votre fille est muette !...
Le poète Segrais donne une ou deux raisons plus valables qu'il emprunte au " bon sens ". Il traite à la fois de la règle qui concède un an au poème épique et au roman, puis de la loi qui renferme une Tragédie en un jour, règle et loi, dit Segrais.** aussi essentielles" l'une que l'autre : " Je n'examinerai point, déclare le
poète pastoral, ni sur quel fondement cette loi est " établie, ni même si elle subsiste ... Je dirai seulement ** après Aristote que la principale différence de la " Tragédie et de l'Épopée consiste en ce que laTragédie ** se doit passer entre deux soleils et que l'autre n'a ** point de temps limité.
*' Cependant il est aisé de s'imaginer que le bon sens ** a voulu que l'action qui fait le sujet d'un poème ** héroïque fût enfermée dans le cours d'un an, par la ** même raison qui donne un jour au poème dramatique, " pour mettre quelque borne à Texcès où l'on pourrait " porter ces représentations. Car autrement, comme on ** a poussé si loin sur la scène le manque de jugement, ** qu'il s'est trouvé des auteurs qui, dans le premier ** Acte, représentaient leurs personnages au berceau, " et les faisaient voir hommes dans le second ou le ** troisième, il se pourrait faire aussi qu'il y aurait des ** poètes qui ne pourraient finir leur ouvrage, que quand ** leur héros serait bisaïeul, à l'imitation de nos vieux '* romans qui ont fait l'histoire entière du père et grand- " père, du fils et des arrière-neveux.